Retraite à 67 ans, décote...: Recettes choc du patronat pour sauver l'Agirc-Arrco

ECONOMIE Une liste de mesures drastiques a été dévoilée par «L'Opinion»...

20 Minutes avec AFP

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Le régime de retraite complémentaire spécifique des cadres, en grave difficulté financière, vit peut-être ses dernières heures.
Le régime de retraite complémentaire spécifique des cadres, en grave difficulté financière, vit peut-être ses dernières heures. — Joel Saget AFP

Le patronat a bouclé de nouvelles propositions sur les régimes de retraite complémentaire Agirc-Arrco avant la séance de négociation prévue mercredi: décote définitive sur les pensions pour les départs avant 67 ans, réversions plus tardives et fin de la caisse des cadres.

Révélée vendredi par L'Opinion, cette liste de mesures drastiques pour renflouer les caisses de l'Agirc-Arrco formulées par le Medef, la CGPME et l'UPA devrait être transmise dans la journée aux syndicats, selon le quotidien. Contactés par l'AFP les syndicats n'ont pas souhaité réagir dans l'immédiat, attendant de recevoir le document.

Les partenaires sociaux ont jusqu'à fin juin pour trouver un accord. L'Agirc (caisse des cadres) et l'Arrco (celle de tous les salariés du privé) sont en graves difficultés financières. Les organisations patronales prévoient des mesures d'urgence qui visent 2,3 milliards d'euros d'économies annuelles dès 2017, 8,3 milliards en 2020, 12,2 milliards en 2030 et 17,1 milliards en 2040, selon ce document.

Trois leviers d'actions

Face aux menaces qui pèsent sur le régime des retraites complémentaires, les partenaires sociaux disposent de trois leviers d'action pour empêcher l'épuisement des réserves de l'Agirc, prévu pour 2018, et celle de l'Arrco d'ici à 2027 : l'âge de départ, les cotisations et les pensions.

Auparavant, dans un premier document de travail, le Medef proposait un plan d'économie de 7,1 milliards d'euros à l'horizon 2020, misant en particulier sur un recul de l'âge de la retraite à taux plein, en appliquant des abattements dégressifs et temporaires sur les pensions, de 62 ans à 67 ans. L'objectif du traitement de choc préconisé désormais par le patronat ? «Ramener à zéro dès 2020 le différentiel entre cotisations encaissées et pensions versées, puis tenir cet équilibre», souligne L'Opinion.

Première solution, les salariés seront plus que jamais incités à prendre leur retraite à 67 ans, faute de quoi la décote sera douloureuse et pérenne. Ceux qui liquideront leur retraite avant 67 ans subiront, selon le journal, des abattements dits «viagers», c'est-à-dire s'appliquant de manière définitive: 22% s'ils partent à 62 ans, 17% à 63 ans, 12% à 64 ans, 8% à 65 ans, 4% à 66 ans. Ces mesures s'appliqueront à partir de la génération née en 1957 pour les retraites prises à partir du 1er janvier 2017.

Les retraités actuels seront aussi mis à contribution

Une exception est prévue pour les bénéficiaires des dispositifs de retraite «carrières longues», «pénibilité», «amiante», «travailleurs handicapés» et «aidants familiaux», qui pourront partir à 62 ans s'ils disposent de tous leurs trimestres. Dans le cas contraire, la décote sera temporaire, mais tout de même salée. La décote définitive ne s'appliquerait pas non plus aux ménages exonérés de CSG.

Les retraités actuels seront aussi mis à contribution. Leur pouvoir d'achat reculera par l'effet d'une revalorisation des pensions inférieure de 1,5 point à l'inflation, sans pouvoir baisser toutefois les montants des pensions. Les sommes consacrées à l'action sociale reculeront quant à elles de 2% par an. La pension de réversion versée aux veufs et aux veuves ne sera plus accordée à partir de 55 ans mais de 60 ans et au prorata des années de mariage.

Le nouveau projet du patronat prévoit également la création d'un «régime paritaire unifié de retraite complémentaire» en janvier 2019, qui signerait la disparition de la caisse des cadres.

Fragilisés par la crise économique, le départ des «papy boomers» à la retraite et le chômage de masse, l'Agirc et l'Arrco ont vu leurs déficits respectifs se creuser à 1,985 milliard et 1,153 milliards en 2014 malgré leurs 18 millions de cotisants.