VIDEO. Grève à l'APHP: Les points qui fâchent dans le plan pour moderniser les hôpitaux de Paris

SANTE Environ la moitié des agents de l'APHP étaient en grève ce jeudi pour dénoncer un programme qui vise à limiter leur temps de travail quotidien, donc leurs RTT...

Oihana Gabriel

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Jeudi 21 mai 2015, des agents de l'APHP ont manifesté devant le siège de l'APHP contre le projet de réorganisation du temps de travail de Martin Hirsch.
Jeudi 21 mai 2015, des agents de l'APHP ont manifesté devant le siège de l'APHP contre le projet de réorganisation du temps de travail de Martin Hirsch. — AFP

« Les RTT c’est pour souffler », clamaient les pancartes des agents des hôpitaux de Paris, en grève reconductible ce jeudi. En cause : un plan de réorganisation du temps de travail porté par Martin Hirsch.

Le directeur général de l’AP-HP essuie le premier mouvement de grogne des 75.000 agents (hors médecins). Lui appelle à des négociations dès le 28 mai. Mais sept syndicats des agents hospitaliers n’ont pas attendu cette date pour dénoncer un projet d’économie sans contrepartie.

Retrouvez en vidéo la manifestation des agents hospitaliers

 

«Après le PQ et les feuilles, il racle les fonds de tiroir»

Dans un document sur le site de l’AP-HP, le directeur détaille ses trois objectifs : sauvegarder 4.000 emplois, adapter les soins aux besoins des patients et offrir au personnel de meilleures conditions de travail. Mais jusqu’ici, syndicalistes comme agents entendent surtout parler d’économies et n’ont aucun détail sur une amélioration de leur quotidien.

Comment changer concrètement ? En s’attaquant aux 35 heures. Actuellement, les agents travaillent 7h36 (38 heures/semaine) ou 7h50 (39h10) par jour, avec un nombre de RTT allant de 18 à 20 jours par an, auxquels s’ajoutent des journées propres à l’AP-HP (fête des mères, journée de la médaille…). Problème : les journées non prises s’accumulent sur les comptes épargne temps qui atteignent 74,7 millions d’euros fin 2014. La réduction des plages horaires journalières à 7h30, voire 7h, atténuerait ces frais, en diminuant les RTT.

« Martin Hirsch veut nous vendre du vent mais ça ne prend pas, tempête Jean-Marc Devauchelle, secrétaire général du syndicat Sud Santé. Il veut s’attaquer aux acquis sociaux glanés au fil des siècles. Après le PQ et les feuilles, il racle les fonds de tiroir. On nous a réorganisé plusieurs fois et notre quotidien s’est dégradé. »

Du temps en moins pour les patients et la transmission de dossier

« Réduire le temps quotidien représente un vrai danger pour les patients, ajoute Thierry Amouroux, secrétaire général du syndical des infirmiers SNPI CFE-CGC. Aujourd’hui, les trois équipes qui se relaient n’ont que 20 minutes pour la transmission de dossier. C’est environ une minute par patient. Et très clairement, les agents vont bien au-delà de leurs 7h36. Les infirmières courent d’un patient à l’autre… »

Pourtant, dans une lettre aux agents, Martin Hirsch souligne qu’il souhaite améliorer les organisations instables, avec des changements de plannings répétés. Mais le manque de prévisibilité s’explique par un absentéisme important. « Aujourd’hui 9 % des agents sont en arrêt maladie chaque jour du fait d’un métier de plus en plus pénible et du manque d’équipes de suppléance », rétorque Thierry Amouroux.

Dans cette même lettre, le directeur de l’AP-HP s’engage à moderniser les équipements et multiplier les outils informatiques. « Mais certains jours, nous manquons de draps et de blouses… regrette Thierry Amouroux, infirmier depuis 1984. Depuis que les stocks de matériels sont gérés par une centrale d’achat, on fait face à des pénuries et du matériel inutilisable donc du gâchis. »

L’organisation du temps des médecins

Mais surtout, les syndicalistes dénoncent l’inutilité d’un plan qui s’impose uniquement aux agents. « Si Martin Hirsch veut améliorer les soins, il doit s’adresser aux médecins, critique Jean-Marc Devauchelle. L’attente aux urgences pour des points de sutures dépend d’eux. » Et d’autres syndicalistes de pointer un corps médical pas toujours investi. « Certains chirurgiens arrivent avec deux heures de retard au bloc… »

Une solution pour sortir de l’impasse ? Thierry Amouroux répète que son syndicat est prêt à avancer. « Mais pour faire une vraie réforme, il faut discuter service par service pour travailler en bonne intelligence entre corps soignant et agents. » Contacté, l’AP-HP n’a pas répondu à nos demandes d’interview.