Grève à l'AP-HP: Tout comprendre au chantier complexe de la réforme du temps de travail à l'hôpital

SANTÉ Les personnels des hôpitaux de Paris et d’Île-de-France font grève ce jeudi pour protester contre la réorganisation du temps de travail…

L.C.

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Martin Hirsch, directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le 12 janvier 2015 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière.
Martin Hirsch, directeur de l'Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le 12 janvier 2015 à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. — KENZO TRIBOUILLARD / AFP

C’est une journée de mobilisation exceptionnelle pour le personnel de santé de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). Unanimement opposés au projet de réorganisation des 35 heures lancé par le directeur général Martin Hirsch, tous les syndicats appellent à la grève ce jeudi.

Une mobilisation exceptionnelle

L’AP-HP est le centre hospitalier de la région de Paris et d’Île-de-France. Elle emploie 95 000 personnes (médecins, chercheurs, paramédicaux, personnels administratifs) dans 38 établissements.

Tous les syndicats (CGT, SUD, FO, CFE-CGC, CFTC, Unsa et CFDT) ont appelé les grévistes à se rassembler ce jeudi à 11 heures devant le siège de l’AP-HP, dans le IVème arrondissement de Paris.

L’offre de soins ne devrait toutefois pas être trop perturbée, car les personnels essentiels à la prise en charge des patients ont été « assignés a minima ». Les opérations non urgentes ont par ailleurs été annulées.

Un chantier difficile

« Repos préservé, qualité des soins assurée » : c’est le mot d’ordre des grévistes, opposés à la réforme de l’organisation du temps de travail. Cette réforme, dont le plan détaillé n’a pas encore été dévoilé, suscite de vives inquiétudes chez le personnel hospitalier, préoccupé par l’évolution des conditions de travail.

Un chantier complexe attend Martin Hirsch, nommé à la tête de l’AP-HP le 13 novembre 2013. Si en théorie, le régime des 35 heures est appliqué dans les hôpitaux depuis un décret du 4 janvier 2002, dans les faits, 60 % des agents de l’AP-HP travaillent entre 38 et 39 heures par semaine, avec un nombre de RTT allant de 18 à 20 jours par an, en plus de congés propres à l’établissement.

En raison du manque de personnel, les journées de RTT non prises s’accumulent, atteignant fin 2014 un montant de 74,7 millions d’euros. Pour réduire ces frais, il faudrait notamment réduire les horaires du personnel. Les syndicats s’en inquiètent. « Faire en 7h ce qui se fait en 7h36, se traduirait par une productivité plus intense, moins de repos », et nuirait à la « sécurité des patients », s’indigne Rose May Rousseau, secrétaire générale de l’Union syndicale CGT de l’AP-HP.

Les syndicats craignent aussi de perdre d’autres droits, comme la comptabilisation de la pause déjeuner de 30 minutes dans le temps de travail effectif.

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Une économie de 20 millions d’euros

« Ce n’est pas la fin des 35 heures ni des RTT, ce sont les 35 heures organisées autrement », a précisé Martin Hirsch ce jeudi matin à l’antenne de RTL.

Le directeur souhaite réorganiser le travail pour éviter la suppression de 4.000 postes imposée par les importantes coupes budgétaires (3 milliards d’euros d’ici 2017). Il prévoit une économie annuelle de 20 millions d’euros après la réforme.

Ce projet est soutenu par la Fédération hospitalière de France. De son côté, la ministre de la Santé Marisol Touraine assure que le gouvernement est attaché aux 35 heures, « à l’hôpital comme ailleurs ».

Les négociations vont débuter le 28 mai.