Réforme du collège: Les syndicats d’enseignants dénoncent une «provocation» et une «marque de mépris»

ÉDUCATION Les opposants à la réforme dénonce la publication du décret ce mercredi, au lendemain de la grève des enseignants...

Laure Cometti

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À Lyon, des manifestants protestent contre la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, le 19 mai 2015.
À Lyon, des manifestants protestent contre la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem, le 19 mai 2015. — Pascal Fayolle/SIPA

La publication du décret qui concrétise la réforme du collège au Journal officiel ce mercredi a mis le feu aux poudres, au lendemain de la journée de mobilisation suivie par plusieurs syndicats d’enseignants.

Les opposants à la réforme voient dans cette publication un affront de la ministre de l’Education Najat Vallaud-Belkacem qui clôt l’étape des négociations, tandis que les partisans du texte veulent passer à l’étape suivante et préparer la rentrée 2016.

« Provocation » et « mépris »

« Provocation » et « mépris », ce sont les deux termes qui reviennent le plus souvent dans les réactions des syndicats opposés à la réforme. Le Snes-FSU, majoritaire dans l’enseignement secondaire, dénonce même une « faute politique ».

« Le cabinet de la ministre nous affirmait hier, après la manifestation, que sa porte était ouverte et qu’elle était prête à entendre les inquiétudes des enseignants, mais cette publication montre que l’on ne tient pas compte de nos revendications », déclare Roland Hubert, cosecrétaire général du SNES. Le syndicat a envoyé ce mardi une lettre ouverte au ministère pour demander la reprise des discussions, une perspective désormais enterrée. Le SNES-FSU fait partie des syndicats qui ont quitté à grand fracas la table des négociations le 31 mars.

Le choix de la date à publication ne passe pas non plus au SNCL-FAEN. « C’est absolument anormal et cela montre le mépris de la ministre pour les enseignants », lâche le secrétaire général Jean-Denis Merle, qui souligne que le texte est daté du 19 mai.

Au SNALC, syndicat minoritaire (5,5 % des voix aux élections professionnelles) classé à droite (même s’il s’en défend), on dénonce un « déni de démocratie ». « Il est gênant qu’un gouvernement de gauche fasse si peu de cas du dialogue social et des revendications des enseignants sur le terrain », fustige le président national François Portzer. Il estime que « cette décision a choqué les enseignants » et en veut pour preuve le nombre croissant d’adhésions. « Depuis ce matin, on a une nouvelle demande par minute sur notre site ».

« On est loin du passage en force »

Les syndicats favorables à la réforme sont quant à eux peu surpris par cette publication. « Il s’est écoulé cinq semaines entre le vote définitif du décret, le 10 avril, par le Conseil supérieur de l’Education et la publication au JO : c’est le calendrier classique pour la production d’un décret », estime Frédéric Sève, secrétaire national du Sgen-CFDT.

Laurent Escure, secrétaire général de l’UNSA Education, est du même avis. « On n’est ni dans la précipitation ni dans l’accélération, et loin du passage en force ». Il rappelle que le principe de la réforme était prévu dans la loi sur l’école de 2013, « qui a été débattue et votée au Parlement ».


Le Sgen-CFDT est satisfait que le calendrier ait été respecté, faute de quoi « l’indispensable travail de terrain aurait été retardé ». Pour les partisans de la réforme comme pour la ministre, il s’agit désormais de préparer la rentrée 2016, date à laquelle la réforme doit entrer en application.

« Idéalement, il faudrait être fixé avant les vacances d’été sur l’organisation de l’année scolaire 2015 dans les établissements, en termes de formation, de mise à disposition ressources et de temps de concertation », espère le Sgen-CFDT. Mais il n’est pas certain que ces étapes se déroulent sans accrocs.

Le SNALC lance un appel à boycotter les épreuves écrites du brevet, les 24 et 25 juin prochains, et n’exclut pas de bloquer celles du baccalauréat. D’autres syndicats pourraient lui emboîter le pas.