Réforme du collège: Le pour et le contre des enseignements pratiques interdisciplinaires

ÉDUCATION « 20 Minutes » a consulté deux syndicats d'enseignants au sujet de cette nouveauté pédagogique…

Laure Cometti

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Une classe de collégiens photographiée le 13 mars 2015 en France.
Une classe de collégiens photographiée le 13 mars 2015 en France. — MATHIEU PATTIER/SIPA

La réforme du collège a fait sortir dans les rues un bon quart des professeurs des collèges publics (27,61 %), mardi, selon le ministère de l’Education, et près de la moitié selon certains syndicats. Parmi les nouveautés pédagogiques que Najat Vallaud-Belkacem souhaite généraliser, les enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) suscitent des réactions contrastées. Ces projets, impliquant au moins deux matières, s’articuleront autour de huit thèmes définis par le ministère, allant du développement durable à l’Antiquité en passant par les arts et l’économie. Ils seront pris en charge par les enseignants de toutes les matières et évalués lors de l’examen du brevet. ​Dès la cinquième, les collégiens suivront deux EPI par an et au moins six des huit thématiques entre la cinquième et la troisième.

Lire notre reportage sur la manifestation des enseignants à Paris

Quels avantages pour les élèves ?

« L’interdisciplinarité n’a rien de nouveau », note Frédérique Rolet, porte-parole du Snes-FSU, citant l’enseignement de l’histoire de l’art en classe de troisième, une épreuve obligatoire au brevet depuis 2013. Pour autant, ce syndicat estime que « l’introduction de l’interdisciplinarité doit être progressive, car les élèves doivent d’abord maîtriser les bases et savoir structurer leurs connaissances ». Une critique non recevable selon Frédéric Sève, secrétaire général du Sgen-CFDT, qui juge que « ce sont justement les élèves qui ont le plus de difficultés en cours qui ont le plus besoin des EPI. Ceux qui manquent de repères culturels et peinent à gérer plusieurs matières bénéficient de ce type de projet. Ce n’est pas en segmentant les savoirs que l’on apprend, mais en les connectant », ajoute-t-il. 

Un dispositif chronophage ?

Les deux syndicats s’accordent au moins sur ce point : les EPI vont demander du temps. Ils pourraient occuper une à trois heures hebdomadaires de l’emploi du temps des collégiens, organisés sur les horaires disciplinaires des enseignants, qui ne varieront pas, même s’ils exigeront un travail de préparation supplémentaire. « L’interdisciplinarité, c’est très chronophage », prévient Frédérique Rolet. Les professeurs et chefs d’établissements devront se concerter pour choisir les thèmes et les enseignants en charge des EPI, dont les contenus devront être préparés en amont. « Cela suppose du temps de réunion, de préparation et de coordination », concède Frédéric Sève, qui rappelle que le temps de préparation peut parfois être rémunéré en indemnités pour mission particulière (c’est-à-dire en argent ou en temps de décharge), depuis une circulaire d’août 2014.

 

Quels bénéfices pour les enseignants ?

« En l’état, la réforme ne garantit pas que ces EPI pourront être mis en œuvre dans de bonnes conditions », souligne le Snes-FSU, qui insiste sur le besoin en formation continue. Du côté du Sgen-CFDT, on met surtout en avant les avantages pour les enseignants, qui « pourront collaborer pour atteindre des objectifs communs et faire progresser les mêmes compétences chez les élèves ». A ceux qui craignent que les EPI en favorisent certains au détriment d’autres, Frédéric Sève répond que le dispositif est « neutre et souple : un professeur peut enseigner un EPI même si sa matière n’est pas concernée par le thème. »