Paris : Les enseignants défilaient pour dénoncer une réforme qui «libéralise» le collège

REPORTAGE Ce mardi après-midi, certains enseignants en grève ont marché pour dénoncer la réforme du collège...

Oihana Gabriel

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Paris, le 19 mai 2015, certains enseignants sont descendus dans la rue pour dire leur opposition à la réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem.
Paris, le 19 mai 2015, certains enseignants sont descendus dans la rue pour dire leur opposition à la réforme du collège portée par Najat Vallaud-Belkacem. — O. Gabriel / 20 Minutes

« Le grand malentendu, c’est que beaucoup pensent qu’on marche pour notre pomme mais on est soucieux que nos élèves réussissent et s’épanouissent », assure Raphaël, professeur de mathématiques à Montreuil (Seine-Saint-Denis).

« Moins de moyens et plus de libéralisme de l’école »

Si les chiffres des grévistes faisaient, comme souvent, le grand écart entre le SNES (plus de 50 %) et le ministère (27,6 %), les enseignants ne sont pas descendus en masse pour dénoncer contre la réforme du collège. Mais les quelques milliers de mobilisés ce mardi après-midi redoublaient d’arguments pour dire leur colère. « Je suis là parce que cette réforme promet moins de moyens et plus de libéralisme de l’école », clame Raphaël. « On essaie de faire croire que ces changements se font au nom de l’égalité alors que c’est le contraire. En donnant plus d’autonomie aux établissements, on renonce au collège unique : on n’enseignera pas la même chose à Montreuil et à Henri IV. » En effet, la réforme donne plus de liberté au chef d’établissement pour la répartition des heures et le choix des projets.

L’interdisciplinarité oui, mais pas à tout prix

Mais loin de critiquer toute forme d’interdisciplinarité, ces enseignants en colère ont détaillé leurs désaccords avec la réforme portée par Najat Vallaud-Belkacem. « Les enseignants échangent déjà sur leurs programmes, montrer cela comme une nouveauté, c’est mal connaître la réalité du terrain, avoue Benoît Mauro, enseignant à Montreuil. Mais on ne peut pas obliger des enseignants à faire de l’interdisciplinarité. D’autre part, jusqu’ici on avait le choix des sujets abordés dans ces projets, cette fois on nous impose huit grands thèmes. Mais surtout je peux bâtir un projet avec des collègues une fois que les bases dans ma matière sont acquises. » Or, ces aménagements risquent de grignoter sur leurs heures d’enseignement. Autre critique, « pour mener ces projets, on n’obtient pas d’heures de coanimation, souligne Lucie, enseignante à Drancy (Seine-Saint-Denis). Mais pour construire une maquette de machine à vapeur en techno dont je peux me servir en d’Histoire sur la révolution industrielle, il faut se concerter ! Ils veulent changer le système sans nous en donner les moyens. »

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« Madame la ministre, renvoyez l’ascenseur social »

Entre les ballons colorés des syndicats et quelques autocollants NPA, les pancartes illustrent les slogans des manifestants : « Tous égaux, tous illettrés », « Madame la ministre, renvoyez l’ascenseur social ». Bras dessus, bras dessous une délégation du 93 chante : « Belkacem, si tu nous aimes, faut que t’entende la Seine Saint Denis ».

Une classe bilangue en banlieue pour plus de mixité sociale

Pour Sèverine, CPE dans un collège de Saint-Denis, « cette réforme ne va pas dans le sens de la banlieue. La ministre parle de classe bilangues élitistes. Mais dans mon collège, nous avons une classe bilangue italien et elle crée de la mixité sociale car certains parents sont attirés par cet avantage ». En effet, avec la réforme, les classes bilangues, qui permettent à 16 % des collégiens d’apprendre deux langues dès la sixième disparaîtront. Cette CPE s’inquiète aussi de voir ses collègues enseignants mis en concurrence. « c’est dangereux de donner trop de pouvoir aux chefs d’établissement, diviser pour mieux régner ça ne crée pas vraiment d’osmose en salle de profs… »

Marcher contre le gouvernement au risque d’apporter de l’eau au moulin de la droite ? Un argument que les protestataires balaient. « La droite fait des ronds de jambe pour draguer l’électorat des enseignants. Mais la baisse des moyens pour l’éducation a commencé avec Nicolas Sarkozy. Je m’inquiète pour les élèves, je n’ai pas l’impression d’être un réac ! », tranche Benoît.