Réforme du collège: Les trois points qui fâchent les profs

EDUCATION Les enseignants sont appelés à faire grève et à aller manifester ce mardi…

Audrey Chauvet

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La réforme du collège divise suscite de l'opposition chez les enseignants, mais aussi chez des personnalités politiques et des intellectuels
La réforme du collège divise suscite de l'opposition chez les enseignants, mais aussi chez des personnalités politiques et des intellectuels — Frank Perry AFP

Après les critiques politiques, ce sont maintenant les profs qui sont dans la rue. Le projet de réforme du collège adopté le 10 avril par le Conseil supérieur de l’éducation inquiète les profs, notamment en raison de la possibilité laissée à chaque collège de fixer 20 % de son emploi du temps dès la rentrée 2016. Tour d’horizon des points qui fâchent à quelques heures du départ des cortèges.

Les langues mortes, vraiment mortes ?

Selon le projet de réforme, les langues anciennes, le latin et le grec, ne seront plus une option mais seront enseignées via un enseignement pratique interdisciplinaire (EPI) Langues et cultures de l’Antiquité, à savoir un travail en groupe sur un projet associant plusieurs disciplines, et un « enseignement de complément ».

Certains profs de langues anciennes redoutent que cela ne signe la fin des cours de latin et de grec. « Non, le latin ne disparaîtra pas », a répondu la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem. Le latin et le grec seraient même rendus « accessibles à tous », assure le ministère, grâce au renforcement de l’apprentissage d’éléments culturels et linguistiques durant les cours de français.

Sprechen Sie Deutsch ?

La réforme prévoit que l’apprentissage de la deuxième langue vivante, aujourd’hui en classe de 4e, soit avancé en cinquième. Les sections européennes du collège et les classes bilangues, qui concernent 15,9 % des élèves français disparaîtront, ce qui inquiète les professeurs d’allemand.

Or, pour la ministre, avancer l’apprentissage de la seconde langue vivante d’un an représente 54 heures d’enseignement supplémentaires et « l’allemand va bien évidemment en bénéficier car elle est souvent choisie en LV2 », a déclaré Najat Vallaud-Belkacem.

Plus d’autonomie pour les établissements

Chaque établissement pourra, dès la rentrée 2016, décider lui-même de 20 % de l’emploi du temps, soit quatre heures par semaine. Ces heures pourraient être consacrées à du travail en petits groupes, à de l’accompagnement personnalisé et des enseignements pratiques interdisciplinaires. Toutefois, cet emploi du temps devra respecter le nombre d’heures dues à chaque discipline dans l’année : il ne sera pas possible de faire davantage de français en cinquième et moins de maths puis l’inverse en quatrième.

Les enseignements pratiques interdisciplinaires doivent « donner du sens » aux apprentissages, « contextualiser » les connaissances et favoriser le travail en groupe. Les projets, pris en charge par les enseignants de toutes les matières, seront inscrits dans les programmes et évalués au brevet. Les syndicats restent divisés sur cette réforme. « L’interdisciplinarité, c’est un outil, pas le remède miracle qui va remotiver tous les élèves en difficulté », a réagi la Snes-FSU. Quant à Jean-Rémi Girard, secrétaire national à la pédagogie du SNALC-FGAF (syndicat de l’Éducation nationale et du supérieur), il estime que « si c’est juste faire des projets pour le plaisir de dire qu’on fait des projets, sans temps de concertation institutionnel pour les équipes, cela non seulement ne servira à rien, mais qui plus est, sera néfaste à l’enseignement lui-même en le déstructurant davantage encore ».