Migrants: Que veut (et peut) faire la France?

DECRYPTAGE Les déclarations de Manuel Valls au sujet des «quotas de migrants» proposés par la Commission européenne semblent ambiguës...

Céline Boff

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Le Président François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls, à la sortie du Conseil des ministres, le 13 mai 2015
Le Président François Hollande et le Premier ministre Manuel Valls, à la sortie du Conseil des ministres, le 13 mai 2015 — ERIC FEFERBERG AFP

Mais quelle est la véritable position de la France en matière de migrants ? Samedi, lors d’une visite à Menton (Alpes-Maritimes), le Premier ministre, Manuel Valls, a successivement affirmé qu’il était opposé à l’instauration de « quotas de migrants », imaginés par la Commission européenne, mais qu’il voulait une répartition « plus équitable » des réfugiés dans l’UE. Les propos du chef du gouvernement peuvent sembler contradictoires dans la mesure où l’objectif des quotas est justement de mieux répartir les réfugiés arrivant sur le sol européen, généralement via l’Italie, Malte et la Grèce. Alors, qu’a voulu dire Manuel Valls ? Et surtout, que veut la France ?

Si les déclarations du Premier ministre sont a priori ambiguës, c’est parce que celles de Bruxelles le sont tout autant. A commencer par le terme même de « quotas de migrants », qui, bien qu’employé, ne figure pas dans les propositions écrites de la Commission européenne. Et cette formule interroge la France : de quels migrants parle-t-on ? Des réfugiés fuyant la guerre ou des migrants économiques fuyant la misère ?

La France ne veut pas d’assouplissement de l’immigration économique

Parce que si les premiers ont vocation à être accueillis -c’est un principe inscrit dans la Convention de Genève, mais aussi dans la Constitution française-, ce n’est pas le cas des seconds. Ce que veut la France, « c’est que la distinction entre réfugiés et migrants économiques continue d’être effectuée dans le pays du premier accueil », détaille un proche du dossier. Sur ce point, Bruxelles semble d’accord.

Mais la Commission européenne voudrait tout de même assouplir les règles de l’immigration économique. Ce à quoi la France est formellement opposée. Alors que le taux de chômage dépasse les 10 %, elle ne veut pas accueillir les immigrés sans distinction. Au contraire, son projet de loi qui arrivera bientôt au Parlement a pour but d’attirer davantage « d’immigrés qualifiés » et de « talents internationaux », explique-t-on à Matignon.

Reste qu’à y regarder de plus près, Paris bataille aussi avec Bruxelles sur la question de l’accueil des réfugiés. Si tous les deux plaident pour davantage de solidarité, ils ne la définissent pas de la même manière. Pour la Commission européenne, la France ne fait pas assez. Elle voudrait par exemple que l’Hexagone accueille chaque année 2.375 réfugiés syriens… Soit trois fois plus que l’offre du président François Hollande.

Le plan de Bruxelles risque de ne pas être validé en l’état

La France, elle, estime en faire déjà beaucoup. « 5.000 réfugiés syriens et 4.500 Irakiens ont été accueillis en France depuis 2012 », a rappelé Manuel Valls ce week-end. Qui estime aussi que les « efforts militaires » entrepris par la France « pour sa propre sécurité, pour celle des pays d’Afrique, mais aussi pour celle de l’Europe » doivent être pris en compte.

Derrière ces déclarations, il y a bien sûr des calculs politiciens, à l’heure de la montée du vote extrême. Et la France n’est pas la seule à afficher une position à la fois si ferme et si floue. La Grande-Bretagne, la Pologne, la Hongrie, la République tchèque ou encore la Slovaquie sont sur la même ligne…

Dans ce contexte, les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays de l’UE, qui se réunissent le 30 juin, risquent fort de rejeter le plan d’action pour l’immigration et l’asile adopté mercredi par la Commission européenne et de valider un compromis a minima. Cela avait déjà été le cas lors du dernier sommet européen, organisé le 23 avril après une série de naufrages meurtriers en Méditerranée.