Affaire Kerviel: Une policière dénonce au juge l'influence de la Société Générale sur l'enquête

JUSTICE Son témoignage choc pourrait conduire la justice à rouvrir la procédure...

William Molinié
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L'ex-trader Jérôme Kerviel (D) aux côtés de son avocat, à sa sortie de prison à Fleury-Mérogis près de Paris, le 8 septembre 2014
L'ex-trader Jérôme Kerviel (D) aux côtés de son avocat, à sa sortie de prison à Fleury-Mérogis près de Paris, le 8 septembre 2014 — Lionel Bonaventure AFP

Un témoignage qui pourrait bien faire exploser le dossier Kerviel. C’est en tout cas comme cela que Mediapart présente son dernier scoop.

Interview de Jérôme Kerviel : « Je suis enfermé dans le couloir de la mort sociale »

Selon le site internet, Nathalie Le Roy, la commandante de police qui a mené l’enquête Kerviel en 2008 et en 2012, a été entendue le 9 avril par le vice-président du tribunal de grande instance de Paris dans le cadre d’une plainte contre X pour escroquerie au jugement déposée par l’ancien trader de la Société générale.

Sa déposition est accablante pour le parquet. La commandante de police de la brigade financière a dit au juge avoir complètement changé d’avis sur le fond de l’affaire. « A l’occasion des différentes auditions et des différents documents que j’ai pu avoir entre les mains, j’ai eu le sentiment puis la certitude que la hiérarchie de Jérôme Kerviel ne pouvait ignorer les positions prises par ce dernier », a-t-elle déclaré au cours de son audition.

La police instrumentalisée ?

Elle dit avoir brisé le silence grâce à la convocation du juge. « Je ne me suis jamais manifestée […] mais j’avoue que ma convocation […] m’apporte un soulagement. Je me suis très longtemps remise en question », a-t-elle dit, selon les propos rapportés par Mediapart.

Pire, elle a raconté avoir « eu le sentiment d’avoir été instrumentalisée par la Société Générale », a-t-elle confié au juge.

Des doutes

La policière qui a, depuis, changé de poste, a noué des doutes sur la culpabilité de l’ancien trader à partir de la seconde enquête, en 2012.

Elle a dénoncé au juge le rôle du parquet dans cette affaire et notamment comment l’enquête avait été influencée par la banque. « L’ensemble des documents qui ont été requis dans cette enquête auprès de la Société Générale nous ont été fournis par cette dernière, car nous n’avions pas le matériel informatique pour l’exploitation. […] C’est la Société Générale qui m’a dirigé tous les témoins. »

Jérôme Kerviel a été condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme pour avoir causé 4,9 milliards de pertes à la Société Générale. Il aura passé un peu plus de 150 jours en détention, avant de finir en septembre 2014 sous bracelet électronique.

Un nouveau procès civil doit se tenir du 20 au 22 janvier 2016 pour établir la répartition des responsabilités dans cette perte, la banque ayant reconnu avoir failli sur le plan des contrôles.