Pourquoi le «crédit congé révisions» accordé aux étudiants salariés n’est peut-être pas une si bonne idée

VOUS RÉAGISSEZ Trois internautes de «20 Minutes», étudiantes et salariées, passent l'amendemement 627 de la loi Macron au crible de leur vie quotidienne...

Christine Laemmel

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llustration d'un hypermarché
llustration d'un hypermarché — VALINCO/SIPA

Disposition surprise de la loi Macron, un « crédit congé révision » a été adopté par le sénat le 12 mai. Le but : permettre aux étudiants salariés de bénéficier de jours supplémentaires de révision. Une mesure idéale ? Cyrielle, Christelle, et Marie-Charlotte, internautes de 20 Minutes, étudiantes et salariées, nous donnent leur sentiment. A première vue, ce n’est pas une si bonne idée. Pourquoi ?

Parce que 5 jours un mois avant, c’est le minimum syndical

Ce que prévoit le texte : 5 jours de congé à poser dans le mois précédant les examens.

Ce qu’en pensent les concernées : « C’est déjà ce que je fais », réagit Marie-Charlotte. Cette année, elle a même posé le double de congés payés pour préparer son concours. A priori, ça colle plutôt à son programme de révision. Même sentiment pour Cyrielle, étudiante en droit. « Tout dépend de la filière dans laquelle nous sommes. Pour moi, ça reste trop peu, mais c’est correct. » Christelle est plus sévère sur la période choisie. « Pourquoi tant éloigner les congés de la date de partiel ? Le mois précédant les examens nous sommes toujours en cours. On pourrait proposer aux salariés de prendre ces 5 jours pendant les examens. Plus la date fatidique approche et plus les étudiants ont besoin de temps. »

Parce que si le congé n’est pas payé, personne ne va le prendre

Ce que prévoit le texte : Le maintien de salaire prévu à l’origine n’a pas été retenu dans la version adoptée le 12 mai.

Ce qu’en pensent les concernées : 100 euros en moins pour Cyrielle chaque mois. Un quart du salaire de Marie-Charlotte. Peu d’argent pour le commun des mortels, « pour un étudiant, c’est important », commente Cyrielle. « Il y aurait des répercussions sur certains achats, assure Christelle, les courses par exemple. Entre une centaine d’euros de courses, le pass navigo, le forfait téléphone, l’essence ou l’assurance voiture, cela peut monter très vite. »

Parce que personne n’osera négocier avec son patron

Ce que prévoit le texte : L’étudiant sera « crédité » de 5 jours par semestre. Rien n’est dit à ce stade sur la marge de manœuvre de l’employeur.

Ce qu’en pensent les concernées : « Les employeurs ne sont pas tendres avec leurs étudiants salariés. » Christelle plante le décor. « Pour certains, un congé sans solde pourrait entraîner des représailles. Même si l’étudiant ne sera pas payé, aux yeux de l’employeur, il sera absent. Si l’on se trouve face à une réponse négative de l’employeur parce que les congés pris ne l’arrangent pas, que faire ? Il aura toujours son mot à dire. » Comment demander à un employeur qui vous embauche pour compenser un sursaut d’activité, de vous libérer un samedi et un dimanche ? « Je travaille dans un hypermarché, explique Cyrielle, et nous, étudiants, sommes là pour permettre aux plus anciennes d’avoir leur week-end avec leurs enfants. » Résultat, Marie-Charlotte en est persuadée. Si son employeur accepte, elle sera obligée de compenser, quitte à « rattraper les heures d’absence. »

Parce que ça ne comble pas l’injustice ressentie par les étudiants-salariés

Ce que prévoit le texte : « Cette proposition permettra d’améliorer concrètement la réussite des étudiants les plus fragiles, ceux qui sont contraints de se salarier pour étudier »

Ce qu’en pensent les concernées : « Nous travaillons car nos parents touchent "trop" pour percevoir des bourses, prend soin de préciser Christelle. En réalité, ils ne touchent pas assez pour subvenir à nos besoins. » Marie-Charlotte habite chez ses parents, « ils m’assurent un toit et mes repas, je paye le reste. Parfois même, je les aide. » La future professeure des écoles se lève à 5h six jours par semaine et passe aux 35 heures pendant les vacances. « Cinq jours ne suffisent pas à compenser la fatigue et le manque de préparation aux examens durant tout le semestre. » Cyrielle en ajoute une couche : « En période de révisions, je suis autant stressée par les examens que par les objectifs professionnels que j’ai au travail. Ces 5 jours de congé vont être pour moi une démarche de plus à entreprendre, un handicap pour l’employeur et une perte de salaire. » Les trois jeunes filles sont formelles. « Les salariés étudiants ne sont pas près d’être à égalité avec ceux qui ne travaillent pas. »