Dix ans après le drame de Clichy, la justice va enfin trancher

JUSTICE Y-a-t-il eu, oui ou non, non-assistance à personnes en danger de la part des deux policiers ?...

20 Minutes avec AFP

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La salle d'audience où ont comparu deux policiers après le drame de Clichy-sous-Bois, le 20 mars 2015 au tribunal correctionnel de Rennes
La salle d'audience où ont comparu deux policiers après le drame de Clichy-sous-Bois, le 20 mars 2015 au tribunal correctionnel de Rennes — Georges Gobet AFP

Le tribunal correctionnel de Rennes rend lundi sa décision sur les éventuelles responsabilités des deux policiers poursuivis pour non-assistance à personne en danger après le drame de Clichy-sous-Bois, qui a coûté la vie à deux jeunes dans un site EDF en 2005.

Si cet événement avait mis le feu aux banlieues françaises pendant trois semaines, au point que le gouvernement avait décrété l'état d'urgence, cette fois c'est à Rennes, et dans un climat serein, que la justice doit rendre sa décision, très attendue par les familles de victimes comme par les policiers mis en cause.

«Dix ans, ça suffit»

«Dix ans, ça suffit», lance Daniel Merchat, l'avocat des policiers, qui «attendent la décision». Mais «ce ne sera une délivrance que si c'est une relaxe. L'affaire s'arrêtera là». Si le tribunal prononce la relaxe, requise par le parquet et réclamée par la défense, aucun appel ne sera en effet possible. Par contre, «si c'est une déclaration de culpabilité, il y aura des recours», prévient Me Merchat.

Lors du procès, qui s'est tenu du 16 au 20 mars, une phrase était au coeur du dossier: «S'ils rentrent sur le site EDF, je ne donne pas cher de leur peau». Ces propos sont attribués à  Sébastien Gaillemin, gardien de la paix affecté à l'époque à la police de proximité. Il les aurait prononcé en voyant lors de la course poursuite des jeunes se diriger vers une installation électrique. Lors du procès, il s'est excusé auprès des familles d'avoir tenu ces propos sur la radio de la police, à l'écoute de laquelle était sa collègue Stéphanie Klein, alors policière stagiaire, accusée elle aussi de ne pas avoir réagi.

«Nous voulons que l'infraction soit nommée»

Tous deux ont comparu devant le tribunal, très émus, face aux familles de victimes venues réclamer des réponses. Jean-Pierre Mignard, l'un des deux avocats des familles de victimes et du troisième jeune rescapé de l'accident, a souligné auprès de l'AFP les «conditions irréprochables» dans lesquelles s'est déroulé ce procès dont les parties civiles attendent désormais «la reconnaissance de la non-assistance à personne en danger». «A nos yeux, elle ne fait aucun doute», a-t-il assuré. «Nous voulons que l'infraction soit nommée, que l'on nomme délit ce qui en est un».

Car les avocats des parties civiles se disent certains que Sébastien Gaillemin savait que trois des jeunes mis en fuite dix minutes plus tôt par d'autres policiers étaient entrés sur le site EDF où, le 27 octobre 2005, à 18h11, Bouna Traoré, 15 ans, et Zyed Benna, 17 ans, mouraient électrocutés. Leur camarade Muhittin Altun, 17 ans, qui en a réchappé, a été brûlé sur 10% du corps.

Les deux policiers encourent cinq ans de prison

Sébastien Gaillemin a expliqué avoir vérifié, par deux fois, qu'il n'y avait personne dans le site EDF avant de rebrousser chemin, et être à ce moment-là certain que les jeunes n'y étaient pas. Le tribunal devra estimer si les policiers, qui n'ont jamais fait l'objet de sanction en interne, avaient connaissance d'un danger certain et imminent pour les jeunes, et surtout s'ils ont volontairement omis d'alerter les secours. Les familles des victimes, ainsi que le jeune rescapé, réclament au total près de 1,6 million d'euros de dommages et intérêts. Les deux fonctionnaires encourent jusqu'à cinq ans de prison et 75.000 euros d'amende.