Le breton Gilles Le Guen, soupçonné de liens avec Al-Qaida, attend son jugement

JUSTICE Huit ans de prison ont été requis à l'encontre de cet homme de 60 ans...

W.M. avec AFP

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Dans une vidéo postée le 9 octobre 2012 sur le site de l'agence Mauritanian Sahara Media Agency, le djihadiste Gilles Le Guen menace l'Occident et Israël.
Dans une vidéo postée le 9 octobre 2012 sur le site de l'agence Mauritanian Sahara Media Agency, le djihadiste Gilles Le Guen menace l'Occident et Israël. — SAHARA MEDIA / AFP

Il voulait, disait-il, vivre de la transhumance dans le Sahara, avec sa famille et ses chèvres. D’origine bretonne, Gilles le Guen, présenté par le parquet comme un « combattant djihadiste », attend son jugement qui doit être prononcé vendredi par le tribunal correctionnel de Paris.

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Huit ans de prison ont été requis contre lui les 4 et 5 mai pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Cet ancien capitaine dans la marine marchande a été arrêté dans la nuit du 28 au 29 avril 2013 par les forces spéciales françaises au Mali.

A l’époque, le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian l’avait décrit comme « un paumé qui devient terroriste ». Pourtant des sources proches du dossier avaient au même moment relativisé auprès de 20 Minutes sa « dangerosité », le présentant plutôt comme un « voyageur des grands chemins radicalisés au contact de population locale ».

Il regrette aujourd’hui

Après avoir vécu au Maroc, en Mauritanie, il s’installe au Mali fin mars 2011 et reste huit mois à une quinzaine de kilomètres de Tombouctou. Les « gens d’Aqmi » (Al-Qaïda au Maghreb islamique) l’incitent, pour sa sécurité, à ne pas rester isolé dans le désert. « En plus, c’était la saison des pluies », a-t-il expliqué.

C’est ainsi que ses liens avec Aqmi vont se nouer. Visage creusé, mèche brune tombant sur le front, Gilles Le Guen regrette aujourd’hui « d’avoir été actif dans ce genre de trucs. Il vaut mieux vivre honnêtement et charitablement ».

Assiduité aléatoire

Les services français l’identifient dans un reportage, puis en octobre 2012, fusil-mitrailleur à la main dans une vidéo de propagande, dans laquelle il mettait en garde « les présidents français, américain » et l’ONU contre une intervention militaire au Mali en préparation contre les groupes islamistes armés qui contrôlaient alors le nord du pays.

Il lui est également reproché d’avoir suivi deux entraînements au maniement des armes, légères et lourdes. Participation, avec une assiduité aléatoire, dans laquelle il voyait un moyen d’obtenir « une arme gratuite » et d’en « réapprendre » le maniement, pour assurer sa sécurité. Il avait également le numéro de téléphone d’un haut responsable d’Aqmi dans la région, « pour des raisons humanitaires », a-t-il affirmé, évoquant par exemple des « aides en gasoil ».

Forme de relativisme

Surtout, il est poursuivi pour avoir participé à l’offensive d’Aqmi sur la ville de Diabali, contre les forces maliennes en janvier 2013. A l’en croire, il s’est retrouvé à son insu dans cette opération. Il se trouvait, à l’écart, dans un pick-up plein d’extincteurs chargés d’explosifs. Mais « comme l’indique le rapport de l’armée » française, « je n’ai pas participé directement à cette attaque », s’est-il défendu.

Bavard, faisant de grands gestes, au point de manquer parfois de flanquer involontairement une main dans la figure d’un gendarme qui assurait sa garde dans son box, Gilles Le Guen a parfois invoqué une forme de relativisme culturel pour s’expliquer : « C’est certain qu’ici en Europe on ne peut pas bien comprendre ma situation ».