Réforme du collège: Najat Vallaud-Belkacem, cible de la droite

EDUCATION Manuel Valls a affiché ce lundi son soutien à sa ministre dans la tourmente...

Delphine Bancaud

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Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, dans son bureau rue de Grenelle (Paris VIIe), en mai 2015.
Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, dans son bureau rue de Grenelle (Paris VIIe), en mai 2015. — SIPA

«Naufrage pour la Nation», «attentat contre la République», «Nivellement par le bas»... Voilà quelques-uns des qualificatifs attribués par la droite à la réforme du collège, qui suscite des critiques de plus en plus acerbes. Pour faire bloc autour de Najat Vallaud-Belkacem, le Premier ministre Manuel Valls a appelé lundi les Français à «se mobiliser pour défendre» cette «belle réforme», la jugeant «indispensable».

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Une mise au point qui intervient après la longue interview accordée par la ministre au JDD dimanche, dans laquelle elle revient point par point sur les aspects les plus vilipendés de sa réforme. Il faut dire que l’offensive lancée par Bruno Le Maire la semaine dernière contre la réforme du collège semble avoir bien fonctionné. Dans une lettre adressée au chef de l’Etat, le député UMP demandait son retrait.

L’UMP surfe sur la contestation

Une missive signée par 200 députés et qui est venue souffler sur les braises de la contestation de la réforme par des intellectuels et certains syndicats d’enseignants, la FSU ayant même annoncé une journée d’action contre le texte le 19 mai. «La droite a attendu que la contestation prenne de l’ampleur pour s’en saisir, s'assurant ainsi une bonne caisse de résonnance», observe Bruno Poucet, historien de l’Education.

Cette prise de position s'explique d'abord par des raisons stratégiques, affirme Christian Chevalier, secrétaire du SE-Unsa. «Le congrès de l’UMP approche et les concurrents à la primaire ont besoin de se positionner sur des thèmes sociétaux, comme l’Education», explique-t-il. Un avis partagé par Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, qui a accusé lundi Bruno Le Maire d'instrumentaliser la réforme du collège en vue de cette primaire: «Si on veut être remarqué dans notre système médiatique, il faut provoquer!», a-t-il dénoncé.

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L’école, un enjeu politique et idéologique

Mais le rejet de cette réforme par une partie de la droite a aussi un fondement idéologique, comme l’analyse Bruno Poucet: «La droite résiste souvent aux mesures éducatives qui proposent de revenir sur des avantages réservés à une élite. Il n’est donc pas étonnant que la suppression des classes bilangues au profit de l’apprentissage d’une seconde langue à tous les élèves de 5e soit décriée par l'opposition», affirme-t-il. La vision égalitariste de l’Education prônée par Najat Vallaud-Belkacem ne serait donc pas du gout des barons de la droite, comme l'a souligné la ministre dans le JDD: «A chaque fois, ceux qui cherchent à démocratiser l’école et la réussite sont accusés par les conservateurs de "niveler par le bas"».

En multipliant les interventions médiatiques sur ce dossier, la droite tente aussi de déstabiliser Najat Vallaud-Belkacem, n’oubliant pas qu'un de ses précédesseurs, Vincent Peillon, avait été débarqué du gouvernement après sa douloureuse gestion de la réforme des rythmes scolaires. «L’éducation est un sujet via lequel on peut inquiéter facilement l’opinion et susciter de vives réactions», souligne Bruno Poucet. En attisant le feu, la droite espère sans doute faire plier Najat Vallaud-Belkacem et la fragiliser définitivement. Une issue à laquelle Bruno Poucet ne croit pas: «Pour ce faire, il faudrait que la grève du 19 mai soit massive et que le gouvernement ne soutienne pas sa ministre», estime-t-il. L'intéressée ne semble pas non plus prête à courber l’échine: «Je soutiendrai cette réforme du collège jusqu'au bout», a-t-elle affirmé à de multiples reprises, comme pour prévenir ses adversaires...