Fichage d'élèves à Béziers: Le parquet ouvre une enquête préliminaire, perquisitions à la mairie

JUSTICE Robert Ménard avait tiré des prénoms des élèves des statistiques ethniques...

Vincent Vantighem

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Robert Ménard, le 12 février 2015.
Robert Ménard, le 12 février 2015. — SIPA

Il y aurait 64,9% d'élèves musulmans dans les classes de Béziers (Hérault), selon le maire Robert Ménard. «Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms classe par classe des enfants (…). Et les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence…» Les propos tenus par Robert Ménard, le maire de Béziers (Hérault), sur le plateau de Mots Croisés, ne sont pas passés inaperçus.

Le parquet de Béziers a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour «tenue illégale de fichiers en raison de l'origine ethnique» contre Robert Béziers.

«Je sais que je n'ai pas droit mais on le fait»

Pour parvenir à ce chiffre, il a donc simplement regardé le listing des écoles en se fiant sur les prénoms pour déterminer les confessions. Si la mairie de Béziers a démenti, ce mardi matin dans un communiqué, «avoir jamais constitué de fichiers d’enfants scolarisés», elle se heurte aux propos tenus par Robert Ménard lui-même lundi soir. Une perquisition s'est déroulée à la mairie, menée par le SRPJ de Montpellier, a précisé une source proche du dossier.

Les faits: Ménard suscite la polémique avec des propos sur les écoliers

La France interdit rigoureusement les statistiques ethniques et religieuses. Et coutumier de sorties à l’emporte-pièce, Robert Ménard le sait bien. Sur le plateau de «Mots Croisés», Robert Ménard avait admis: «Je sais que je n’ai pas le droit mais on le fait…»

Taubira et Valls réagissent sur Twitter

Outre les réactions sur le plan judiciaire, c’est surtout sur le terrain politique que les propos du premier édile de Béziers ont fait réagir. Parmi les premières à témoigner son indignation, Christiane Taubira, la garde des Sceaux, a publié un message sur Twitter, comparant la situation à Béziers à «l’esprit de 1939».

 

Un peu plus tard, c’est le Premier ministre, Manuel Valls, qui s’est fendu d’une réaction sur le réseau social, indiquant «Honte au maire» et rappelant que «la République ne faisait AUCUNE distinction parmi ses enfants.»

Ménard assume

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale, a assuré que ce procédé est «illégal» et «anti-républicain».

Invité de BFM TV ce mardi matin, Robert Ménard a toutefois assumé ses propos, regrettant «qu'on parle du thermomètre» et «pas de ce qu'il en est».«Je fais le tour des écoles et je constate ce qu'il en est. Pour les aider. (...) On n'établit aucune liste mais on essaie de savoir ce qu'il en est pour peser les conséquences.»

De leur côté, deux membres du Conseil national du PS, Mehdi Ouraoui et Naïma Charaï, ont annoncé avoir saisi la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) et le Défenseur des droits afin qu'ils diligentent une enquête sur cette pratique.