Sectes: Le rapport de la Miviludes pointe les complotistes, Internet le nouveau New Age

MANIPULATION Le rapport aurait dû sortir début janvier...

N.Beu. avec AFP
— 
Serge Blisko, président de la Miviludes.
Serge Blisko, président de la Miviludes. — DR

Ravages du complotisme et résurgence du New Age via Internet: la Miviludes a publié lundi un rapport longtemps attendu qui reste discret sur les dérives sectaires liées au djihadisme, même si la mission interministérielle, critiquée, se dit très active dans ce domaine.

Le rapport 2013-2014 de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) a été bouclé en novembre dernier mais remis seulement le 30 avril au cabinet du Premier ministre, Manuel Valls. La Miviludes l'a annoncé lundi dans un simple communiqué, une discrétion qui tranche avec la remise de son précédent rapport en avril 2013, en mains propres, à Jean-Marc Ayrault, alors chef du gouvernement.

«La remise du rapport a été différée pour des raisons évidentes après les attentats de janvier», a déclaré à l'AFP le président de la Miviludes depuis 2012, l'ancien député socialiste Serge Blisko, évoquant l'agenda chargé de Matignon et de son actuel locataire. «C'est arrivé bien tard et nous le déplorons», a-t-il ajouté après des articles de Libération et Charlie Hebdo s'étonnant de la non publication de ce rapport et y voyant le signe d'un affaiblissement de la lutte anti-sectes en France.

Discret sur l'islam

Environ 500 groupes pouvant être considérés comme sectaires, touchant un demi-million de personnes, sont actifs sur le sol français, selon la Miviludes. Instituée en 2002 auprès du Premier ministre, cette mission partage son activité entre le traitement des signalements qui lui sont transmis (quelque 2.400 cas par an hors radicalisation jihadiste, un chiffre stable ces dernières années), en majorité dans le domaine de la santé, et la formation des agents publics (magistrats, policiers et gendarmes, médecins...) aux risques sectaires. Son rapport 2013-2014 analyse, sous la plume du sociologue Gérald Bronner, la «métamorphose du croire radical» sous l'effet d'Internet, qui peut être un incubateur dans les processus de radicalisation et un véhicule de théories complotistes faisant des «ravages», note la Miviludes.

Un autre volet du rapport se penche sur la résurgence des mouvances New Age sur les sites et les blogs, qui «montre l'appropriation des technologies modernes par les promoteurs de croyances ésotériques». Le rapport reste discret sur les dérives sectaires liées à l'islam. Le prochain devrait être plus bavard sur ce point puisque depuis avril 2014, à la demande du gouvernement, la Miviludes assure la formation des fonctionnaires chargés de suivre les familles touchées par la radicalisation djihadiste. A ce jour, quelque 1.500 agents publics ont été formés dans ce domaine, dont ceux du numéro vert mis en place par le ministère de l'Intérieur, en lien avec le Centre de prévention des dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), une association dirigée par l'anthropologue Dounia Bouzar.