Jupe trop longue: «ll ne faut pas confondre la longueur d’une jupe avec le prosélytisme»

INTERVIEW Michel Richard, du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'éducation nationale) relativise l'ampleur de cette affaire...

Thibaut Le Gal
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Illustration de collégienne.
Illustration de collégienne. — FRED DUFOUR / AFP

La jupe de la polémique. Une collégienne de 15 ans de Charleville-Mézières (Ardennes) a été interdite de cours à deux reprises à cause d'une longue jupe noire, jugée comme un signe religieux ostentatoire adopté lors d'une action «revendicatrice» et «concertée» avec d'autres élèves, a indiqué mardi l'Académie de Reims. 20 Minutes a interrogé Michel Richard, secrétaire général adjoint du SNPDEN (Syndicat national des personnels de direction de l'éducation nationale).

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Que pensez-vous de la polémique suscitée par cette jupe?

Il faut à tout prix éviter de faire de la polémique, du buzz, sur ce qui ne le mérite pas. Il y a eu un fait dans un établissement. A partir de là, l’affaire est montée en épingle, par l’intermédiaire des réseaux sociaux, notamment. Il est très difficile de donner une opinion sur un sujet aussi délicat quand on ne connaît pas le contexte. L’élève était-elle récidiviste? Avait-elle une attitude provocatrice? Y'a-t-il eu des mises en garde? C’est une affaire locale qui mérite d’être traitée localement. Il ne faut pas en faire une question nationale d’actualité. Le sujet est trop tendu.

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Il s’agit d’un groupe de lobbying qui avance un chiffre sans donner aucun élément concret. Il  faut se méfier de toute tentative d’exploitation. Même si le chiffre s’avère exact, sur les 7 ou 8 millions de jeunes scolarisés dans le secondaire, le phénomène serait extrêmement marginal, surmédiatisé, conjoncturel et non pas structurel.

N’oublions pas que l’adolescence est l’âge de la provocation, à l’égard des enseignants, des parents, ou des institutions. Cette remise en cause de l’autorité s’inscrit parfois dans la construction de la personnalité du jeune. D’autre part, certains élèves sont manipulés par des groupes de pression qui profitent de leur cas pour tester l’école de la République sur ses valeurs de laïcité et de vivre ensemble.

Que dit la loi sur ce principe de laïcité à l’école?

Elle dit que le port de signes ou tenues témoignant de manière ostensible une appartenance religieuse n’a pas sa place à l’école. L’école est laïque, la croyance doit rester de l’ordre du privé. Il faut y associer également la neutralité de l’Etat, qui s’impose aux fonctionnaires et donc aux enseignants. Elle se traduit par l’obligation d’une neutralité politique, philosophique, commerciale et religieuse. Cette loi de 2004 a porté ses fruits et ramené le calme dans les établissements.

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Une jupe longue est-elle un signe religieux?

Le port d’une kippa, d’une croix, ou d’un voile qui exprime une adhésion religieuse est prohibé. Si on commence à aller au-delà, on ne fera qu’alimenter la polémique. Pourquoi ne pas interdire également la jupe plissée bleu marine, en référence à la religion catholique? Ne rentrons pas dans ce débat, continuons de faire de la pédagogie, plutôt que des actes d’interdiction. Dans l’école républicaine, on ne peut pas faire de prosélytisme politique, philosophique, commercial ou religieux. Il ne faut pas confondre la longueur d’une jupe avec le prosélytisme, la volonté de créer un désordre scolaire, d’entrer en contradiction avec la loi ou le règlement de l’établissement.