Tabagisme: Plus on a de diplômes moins on fume

SANTE Une étude l'Insee publiée ce jeudi montre que la consommation de tabac progresse parmi les groupes moins diplômés contrairement aux plus diplômés...

M.B.

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Le 08 juin 2011. Illustration vente de tabac - cigarettes.
Le 08 juin 2011. Illustration vente de tabac - cigarettes. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Moins vous êtes diplômé, plus vous fumez. C’est un constat que vient confirmer une étude détaillée de l’Insee publiée jeudi. Un phénomène particulièrement fort chez les jeunes qui s’est aggravé au fil des cinquante dernières années.

Le tabagisme était autrefois l'apanage des plus diplômés

L’Insee a reconstruit le parcours tabagique de 27.653 personnes nées entre 1941 et 1955, entre 1956 et 1970 et entre 1971 et 1985. Les résultats montrent qu’après avoir été «plus fréquent parmi les plus diplômés, le tabagisme a reculé dans ces milieux, alors qu’il continue de progresser parmi les moins diplômés», notent les auteurs de l’étude.

Ainsi, parmi les hommes nés entre 1971 et 1985, ceux ayant effectué trois années ou plus d’études supérieures n’étaient, à l’âge de 20 ans, qu’environ 20% à fumer contre près de 60% pour ceux ayant seulement effectué des études de premier ou de second cycle. Si cet écart est encore moindre chez les femmes, il tend à augmenter avec les années.

Plusieurs experts, rappelle l’Insee, se sont penchés sur la relation entre la situation sociale et le tabagisme expliquant notamment que l’éducation «améliorerait tout d’abord l’état de santé à la fois par une meilleure culture sanitaire mais aussi par une meilleure capacité à utiliser ces connaissances pour investir en santé».

L'effet des hausses significatives de prix

En 2013, un rapport sur 23 pays de l’OCDE avait ainsi établi qu’en moyenne la probabilité que les diplômés du supérieur fument est inférieure de 16 points de pourcentage par rapport aux personnes non diplômées du deuxième cycle du secondaire.

Dans ce contexte, le professeur Yves Martinet, président du Comité national contre le tabagisme estime que l’arme la plus dissuasive pour limiter la consommation de tabac notamment chez les personnes les moins favorisées reste une hausse importante des prix du tabac: «Une hausse des prix de 10% entraîne une baisse de la consommation moyenne de 4%, mais qui atteint 6% chez les jeunes et les classes sociales plus défavorisées.».

Si les fortes hausses de 2002-2003 ont entraîné une nette baisse de la consommation, notamment «chez les adolescents, souligne l’Insee, en dehors de cette période, les hausses de prix ont été plus modestes, et de ce fait peu propices à un changement de comportement».

«On est très en retard en France»

Pour Yves Martinet, une hausse significative des prix aurait en plus l’avantage de financer gratuitement aux personnes les moins favorisées des traitements pour arrêter le tabac. «Ces populations comprennent les risques liés au tabac, mais elles ne savent pas où aller pour se faire aider. Il faut multiplier les services de consultations comme cela a été fait, avec succès, en Angleterre. On est très en retard en France», signale le pneumologue au CHU de Nancy.

Pour sa part les auteurs de l’étude  de l’Insee suggèrent d’axer les efforts de prévention vers les plus jeunes dans les milieux les moins favorisés. Ils citent en exemple une expérience menée en Angleterre de prévention en milieu scolaire qui a permis à des jeunes d’être acteurs de prévention pour la santé d’autres jeunes.