«Jeu des 72 heures»: Le «défi» qui donne des sueurs froides aux parents

FAITS DIVERS Partir plusieurs jours sans prévenir et sans téléphone, voilà les règles de ce qui semble être le nouveau jeu en vogue chez les ados...

William Molinié

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Logo de Facebook photographié sur une tablette, le 4 décembre 2012 à Paris
Logo de Facebook photographié sur une tablette, le 4 décembre 2012 à Paris — Lionel Bonaventure AFP

Disparaître pendant 24, 48 ou 72 heures sans prévenir. Après les défis viraux «Neknomination» et «A l’eau ou un resto», les adolescents ont-ils trouvé un nouveau jeu stupide pour affoler leurs parents? La petite Emma, 13 ans, disparue pendant trois jours avant de rentrer chez elle dimanche dans le Nord, a expliqué à sa mère avoir voulu relever ce défi. François Perain, le procureur de la République de Valenciennes, a confirmé à 20 Minutes les déclarations de la jeune fille aux policiers.

Cela fait plusieurs mois qu’une alerte entre parents d’élèves tourne sur Facebook et Internet. L’avertissement prévenait les papas et les mamans que leurs enfants partageaient sur les réseaux sociaux ou dans le secret de la cour de récréation un message appelant à relever un défi, appelé «jeu des 72 heures», consistant à disparaître sans laisser de message pendant un temps donné. Des inquiétudes étaient d’abord nées dans le Sud-Est de la France avant de se propager un peu partout.

«Une vraie psychose»

En partageant ces messages, les parents se sont-ils eux-mêmes fait peur? Ont-ils donné des idées à leurs enfants, pas forcément au courant de ce mauvais «jeu»? Impossible d’en trouver la trace sur les forums ou les murs Facebook des jeunes. Relayé à de nombreuses reprises, un message de Ma tribu de jumeaux le blog a été partagé plus de 7.000 fois. L’auteure de ces quelques lignes reconnaît ne pas avoir vérifié la véracité du phénomène, mais avoir vu «un message» sur une page de recherches d’un jeune disparu dans le Gard. Début avril, Jean-Marc Aubert, animateur de la page d’actualité Hérault H 24, écrivait lui aussi un message d’avertissement anxiogène sur Facebook. «Les jeunes ne veulent pas en parler. C’est pour cela qu’ils ne le mettent pas sur Facebook. Leur but, c’est de disparaître sans prévenir personne», précise-t-il aujourd’hui.

Jusqu’à présent, aucune disparition n’avait pu être imputée formellement à ce défi. «Nous n’avons eu aucun signalement. C’est vrai. Mais beaucoup de parents se sont inquiétés auprès de nous. Il y a une vraie psychose», assure Magali Duwelz, de l’association SOS Benjamin, spécialisée dans la prévention des jeux dangereux. «Nous conseillons aux parents de vérifier les profils Facebook ainsi que les téléphones portables de leurs enfants. Il faut par ailleurs qu’ils les incitent à en parler à des adultes», poursuit-elle.

Revenir et nominer trois personnes

L’association Assistance et recherche de personnes disparues (ARPD) préfère «étouffer» le sujet. «Plus on en fait l’écho, même de façon négative, plus ça va donner des idées aux gamins, explique son président, Thierry Coulon. Un cas, ce n’est pas suffisant pour en parler.» D’ailleurs, souligne-t-on au sein de l’association, «ça ressemble davantage à un hoax [une fausse information] qu’à un réel phénomène.»

Pourtant, une internaute de 18 ans qui a répondu à notre appel à témoignage, dit avoir été elle-même «nominée». Elle décrit le mode opératoire: «On m’a écrit sur mon wall “Je viens de faire mes 12 heures, je te nomine pour que tu les fasses. Bon courage”. Le jeune qui m’a écrit ça a 14 ans. Je me suis renseignée, en fait, après avoir fait 12 heures caché, sans téléphone et sans manger, il faut nominer trois personnes pour pouvoir ensuite faire 24 heures puis 72 heures», raconte-t-elle par téléphone à 20 Minutes.

«Si on vous retrouve, vous devez recommencer»

«Je n’ai pas voulu faire le défi que j’ai trouvé stupide. Mais des amis animateurs de colonie m’ont dit qu’ils avaient dû veiller toute la nuit pour que les enfants ne partent pas, poursuit Axelle. Si on vous retrouve, vous perdez et vous devez recommencer.» Par ailleurs, une certaine culture du secret entoure ceux qui «en sont revenus». «Quand on leur demande où ils étaient, ils vous disent “Bah, j’ai fait mes 12 heures”. On ne sait pas où ils sont passés.»

Faut-il parler de ce «jeu dangereux», quitte à donner des idées aux adolescents? Les associations et la communauté éducative sont plutôt divisées. «Ici, on n’a jamais entendu parler d’une telle chose», commente un professeur de sport de la région parisienne. «Attention à ne pas créer le phénomène», prévient un cadre pédagogique. Les policiers sont eux aussi sceptiques et disent avoir découvert le phénomène avec l’affaire de la petite Emma. «Des propos fantaisistes d'une fugueuse.» Et conseillent de déclarer aux autorités ce type de messages sur la plateforme Pharos.