Une lycéenne révise le bac (illustration).
Une lycéenne révise le bac (illustration). — VALINCO/SIPA

INTERVIEW

Baccalauréat 2015: «Les parents sont parfois dans un délire éducatif»

La psychopédagogue Brigitte Prot donne ses conseils aux parents à l’approche du bac...

Le bac, c’est déjà demain. Si votre enfant est convoqué pour les épreuves de juin prochain et que cette phrase vous provoque une crise de panique, il est peut-être temps de consulter un spécialiste. Depuis quelques années, explique la psychopédagogue Brigitte Prot, les parents angoissés sont de plus en plus nombreux à la consulter pour préparer cette dure épreuve. Ancienne professeur de lettres, elle les aide à optimiser les révisions de leur progéniture et leur donne des conseils personnalisés pour bien gérer le stress.

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Pourquoi les parents stressés à l’approche du bac viennent-ils souvent vous voir avec leurs enfants?

Le bac suscite beaucoup d’angoisse, et l’orientation post-diplôme en est souvent la source. Avec le système APB (Admission post-bac), les élèves de terminale doivent exprimer leurs vœux avant le 20 mars. Durant l’année, le bulletin du premier trimestre est donc le plus important avant la présélection des établissements d’études supérieures. Mais ensuite, le bac permet de corriger le tir avant la sélection définitive début juillet. Avec la normalisation des mentions bien ou très bien, il faut essayer de se distinguer. Et puis le bac est le dernier rite de passage…

Jusqu’où peut aller cette angoisse chez les parents?

Les parents sont parfois dans un délire éducatif. Ils culpabilisent parce qu’ils se disent qu’ils n’ont pas été assez présents, se font une montagne du bac et finissent par infantiliser leurs adolescents et les «surassistent» dans l’idée de leur faire gagner du temps. Dans des cas extrêmes, les enfants peuvent alors se retrouver dans ce que j’appelle une «situation de dette». Les parents leur mettent une telle pression, en leur parlant tous les jours du bac, qu'ils arrêtent de travailler en se disant qu’ils n’arriveront jamais à répondre à leurs attentes. J’ai vu des cas de dépression.

Quels types de parents vous demandent de l’aide, le plus souvent?

Il y a de tout. Des parents d’enfants brillants dont le stress nuit au travail, d’élèves plutôt bons mais qui ne savent pas par où commencer, ou encore de mauvais élèves qui paniquent parce qu’ils ne se sont pas rendu compte de l’enjeu que représente le bac durant leur année scolaire. Dans 60% des cas, ce sont les parents qui décident de solliciter l’aide d’un spécialiste pour leurs enfants.

Quel est le rôle des parents à l’approche du bac?

Ils doivent être simplement présents. Les lycéens d’aujourd’hui appartiennent à une génération qui a bien plus besoin des parents qu’auparavant parce qu’ils ont connu la solitude durant leur scolarité. A cause des nouvelles technologies, mais aussi parce que les parents sont toujours très occupés. C’est très nouveau: leurs grands frères et sœurs voulaient travailler dans leur chambre pour être tranquilles, alors qu’aujourd’hui, ils disent préférer étudier dans la cuisine ou la salle à manger, pour ne pas être seuls. Ce cadre les sécurise. Le fait qu’ils aient des «doudous» (peluches, objets symboliques dans leur trousse…) relève aussi de ce besoin d'être rassuré. Le rôle des parents dans tout ça, c’est donc d’être là, de trouver un équilibre entre «tu es assez grand pour te débrouiller tout seul» et «tu en es où de tes révisions?», toutes les cinq minutes.

Quels conseils très concrets leur donnez-vous pour aider au mieux leurs enfants?

Ils doivent s’assurer que le rythme de travail et de vie de leurs enfants est bon. Pendant la période de révision, un ado doit, si possible, se coucher à 22h30 maximum, pour bénéficier d’une heure et demie de sommeil avant minuit; après, le sommeil est moins réparateur. Les parents doivent aussi s’assurer que leur enfant répartit bien son temps entre le travail et les loisirs, notamment le sport. Enfin, l’équilibre alimentaire est précieux. Un lycéen qui prépare le bac doit manger à des heures relativement fixes, mais aussi manger sainement: des légumes, de la viande, du poisson, beaucoup d’eau… Et surtout pas de compléments alimentaires ou de pilules diverses. Quand on a un rythme de vie régulier, on n’en a pas besoin.