Législatives britanniques: «Les partis traditionnels pourraient être contraints à une alliance avec les partis radicaux»

INTERVIEW Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales, décrypte les enjeux des élections législatives britanniques à deux semaines du scrutin…

Propos recueillis par F.V.

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Le premier ministre britannique David Cameron à son arrivée au sommet européen de Bruxelles, le 23 avril 2015
Le premier ministre britannique David Cameron à son arrivée au sommet européen de Bruxelles, le 23 avril 2015 — PHILIPPE HUGUEN AFP

Les élections législatives britanniques du 7 mai s'annoncent très serrées. Selon un sondage YouGov publié mercredipar The Sun, les conservateurs conduits par le Premier ministre David Cameron devancent de deux points leurs adversaires travaillistes. A deux semaines du scrutin, Philippe Moreau-Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales, fait le point.

Le dirigeant du parti travailliste, Ed Miliband, est apparu plus crédible après son débat télévisé mi-avril face au Premier ministre conservateur David Cameron. Quelles sont les tendances à deux semaines du scrutin?

Les résultats sont ouverts et très incertains. Le parti travailliste et le parti conservateur sont au coude-à-coude. Mais tous deux sont en perte de vitesse face à l’apparition de deux partis radicaux, UKIP - qui veut que le Royaume-Uni sorte de l’Union européenne – et le Parti National Ecossais (SNP), qui réclame l’indépendance de l’Ecosse.

Dans l’hypothèse où l’un des deux partis traditionnels remporterait les élections sans majorité absolue, il devrait faire alliance avec un autre parti. Or le Parti libéral, allié naturel des conservateurs ou des travaillistes, sera sans doute laminé à l’issue de ces élections, ce qui obligerait les partis traditionnels à une alliance avec les partis radicaux.

Quelles conséquences cela pourrait-il avoir?

Une telle alliance serait contre-nature mais le pragmatisme des Britanniques dit : «Si l’on ne peut les battre, allions-nous à eux !». Les conséquences pourraient être préoccupantes. Par exemple, si le parti conservateur, plutôt pro-européen, faisait alliance avec UKIP, cela pourrait se traduire par la tenue d’un référendum – au résultat très incertain - sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’Union européenne.

De quels atouts disposent les partis travailliste et conservateur pour remporter les élections?

L’atout des conservateurs, c’est le fait que la situation économique du Royaume-Uni se soit améliorée.

Celui des travaillistes, c’est le profil assez anti-libéral de Miliband, car une bonne partie de l’opinion publique britannique souffre et rejette le thatchérisme.

Le bipartisme est-il menacé de disparaître?

Non, car le mode de scrutin britannique (majoritaire à un tour) élimine les partis trop faibles. Mais l’incertitude demeure avec le succès croissant des partis radicaux.