​La formation continue des enseignants, «le parent pauvre» du système éducatif français?

ÉDUCATION Un rapport de la Cour des comptes pointe du doigt les défaillances du système de formation continue des enseignants...

L.C.

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Un rapport de la Cour des comptes publié le 14 avril pointe les défaillances du système de formation continue des enseignants.
Un rapport de la Cour des comptes publié le 14 avril pointe les défaillances du système de formation continue des enseignants. — SOLAL/SIPA

Formation «dans l’urgence» et inadaptée, manque de suivi, remboursement tardif voire inexistant… La Cour des comptes épingle de nombreuses défaillances du dispositif de formation continue des enseignants dans un rapport adressé fin janvier à la ministre de l’Éducation et publié ce mardi.

La France très en deçà de la moyenne de l’OCDE

Au cours de la dernière année scolaire, les enseignants français ont disposé de 730.000 journées de formation dans le premier degré et de 970.000 dans le second degré selon l’AFP, soit 3 jours et demi de formation par professeur. La moyenne des pays de l’OCDE est de huit jours par an.

En 2012, l’État a alloué un peu plus d’un milliard d’euros au financement de la formation continue des enseignants, selon les estimations des sages de la rue Cambon. La Cour des comptes estime que ces moyens sont «suffisants» mais «mal mis en valeur et peu pilotés» pour la formation continue des enseignants.

Du côté des syndicats d’enseignants, le constat est moins nuancé. «Les moyens sont nettement insuffisants et le dispositif de formation est exsangue», déplore François Portzer, président national du SNALC-FGAF. «La formation est le parent pauvre du système éducatif», renchérit Jean-Denis Merle, secrétaire générale du SNCL-FAEN, qui souligne les délais trop longs pour les demandes de formation continue. Un enseignant souhaitant passer l’agrégation peut ainsi attendre 5 à 6 ans avant d’obtenir une réponse favorable.

Des formations «dans l'urgence» qui ne répondent pas aux besoins des enseignants

«Les enquêtes conduites par les organisations internationales comme par les organisations syndicales révèlent un scepticisme, très majoritaire parmi les enseignants, sur l'aide que leur apportent ces formations dans leur travail quotidien», souligne la Cour.

Les syndicats dénoncent aussi des formations souvent réalisées «dans l’urgence», en fonction des besoins créés par les réformes de l’Éducation nationale. Une «politique utilitariste» que dénonce le SNALC qui exige des formations «de fond, apportant un vrai plus en matière de compétences scientifiques et pédagogiques». L’offre de formation continue tient davantage compte des injonctions de la rue de Grenelle que des besoins des enseignants, insiste-t-on du côté du SNCL-FAEN.

Certains frais ne sont pas remboursés avant un an

Autre point noir de la formation continue: les retards dans le remboursement des frais de transport, d’hébergement et de restauration occasionnés par la formation continue. Des frais d’autant plus élevés que le lieu de formation se situe parfois à plusieurs dizaines de kilomètres du domicile des enseignants, soulignent les syndicats. Quand ils sont remboursés, ces frais le sont dans un délai pouvant atteindre un an.

La Cour des comptes demande donc à l'institution de «respecter la réglementation en vigueur sur les frais de déplacement des enseignants participant à la formation continue, en dégageant si nécessaire les crédits par redéploiement». Cette situation «place les rectorats dans une situation de forte insécurité juridique». Si des enseignants engageaient «massivement des procédures de recours, les académies seraient, en effet, susceptibles de devoir verser des montants conséquents, non provisionnés à ce jour».