Droit d'asile: «Attention à l'instrumentalisation» du rapport de la cour des comptes

INTERVIEW PIerre Henry, directeur général de France Terre d’Asile, réagit après la publication ce lundi d’un texte provisoire...

Propos recueillis par Faustine Vincent

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Pierre Henry, le 27 août 2011 à La Rochelle (Charente-Maritime).
Pierre Henry, le 27 août 2011 à La Rochelle (Charente-Maritime). — PIERRE ANDRIEU / AFP

Pierre Henry, directeur général de l'association France Terre d’Asile, réagit à la publication ce lundi d’un document confidentiel et provisoire sur le droit d’asile dans Le Figaro, à deux jours de l’examen au Sénat d’un projet de loi sur le droit d’asile…

Le Figaro publie ce lundi un document de la cour des comptes critiquant la politique d’asile en France. Que pensez-vous de son contenu ?

Il n’y a rien de nouveau! La situation dégradée de la politique du droit d’asile, on la connaît. Il y a une multitude de rapports sur cette question. La Cour des comptes en ajoute un, d'accord. Ce qui est sûr, c’est que le document est beaucoup plus nuancé que ce que Le Figaro laisse entendre [la Cour des comptes a d’ailleurs publié un communiqué pour «mettre en garde contre une lecture partielle et partiale d’un rapport non définitif»].

Droit d'asile: Ce que révèle le rapport de la Cour des comptes

Les sages affirment que seuls 1% des déboutés sont effectivement éloignés de la France. Ce n’est pas une révélation non plus?

Non. C’est une évidence que tous les déboutés ne repartent pas dans leur pays. Mais je ne sais pas d’où ils sortent ce chiffre de 1%. Moi je les évalue plutôt à 10%. En tout cas, les associations et les politiques le savent très bien.

La question des déboutés n’est pas nouvelle. Depuis quinze ans, il y en a 70 à 75% chaque année. Mais le traitement de cette question ne se fait pas de façon binaire. Si une personne est déboutée, elle peut repartir dans son pays d’origine, mais pas s'il est en guerre. Il reste aussi un certain nombre de personnes dans une situation inextricable. Les procédures de demande d’asile sont longues, donc parfois il est difficile de mettre en œuvre l’éloignement – par exemple si des enfants sont scolarisés.

Selon ce document, le coût global du droit d’asile est estimé à 2 milliards d’euros. Vous confirmez?

Le coût du droit d’asile, c’est le montant qui est voté chaque année dans la loi de finances: environ 700 millions d’euros. C’est le prix d’une valeur essentielle de la République française.

Le montant de 2 milliards d’euros additionne des choux et des carottes, c’est problématique [le calcul de la Cour des comptes ajoute les coûts liés aux demandeurs d’asile à ceux liés aux déboutés de ce droit]. La question des déboutés ne relève pas du droit d’asile, mais de l’éloignement d’étrangers en situation irrégulière. Ce n’est pas la même chose.

Surtout, quel est l’intérêt de balancer ce chiffre comme ça, en première page du Figaro, alors que la France est travaillée par des courants populistes? Beaucoup penseront évidemment que c’est une gabegie. Mais tout dépend de la façon dont on présente le dossier. On peut par exemple dire que c’est moins que la gabegie de l’écotaxe.

Partagez-vous le constat dressé par la Cour des comptes?

Notre politique d’asile aujourd’hui n’est pas efficiente. La situation du droit d’asile est un vrai problème, mais il ne peut pas être présenté de manière aussi simpliste, et il mérite mieux que cette instrumentalisation rapide. Attention à ne pas porter à incandescence cette question sensible.