Pédophilie: «Les mairies et les rectorats devraient vérifier systématiquement le casier judiciaire de tous les intervenants en milieu scolaire»

INTERVIEW Selon Hélène Romano, docteur en psychopathologie et experte auprès des tribunaux, il faudrait renforcer la vigilance lors de l'embauche de tous les personnels s'occupant d'enfants dans les établissements scolaires...

Propos recueillis par Delphine Bancaud

— 

Photo d'illustration d'un panneau indiquant une école
Photo d'illustration d'un panneau indiquant une école — GILE MICHEL/SIPA

Un assistant éducatif soupçonné de viols et d’agressions sexuelles sur des adolescences a été arrêté vendredi à Paris. Un cas qui relance les questions sur le recrutement du personnel intervenant dans les établissements scolaires aux côtés des enseignants (assistants d’éducation, animateurs, surveillants, agents de cantine…). Hélène Romano, docteur en psychopathologie et experte auprès des tribunaux revient sur les possibilités qui existent pour limiter les failles lors de l’embauche de ces personnes.

Est-il demandé systématiquement un extrait de casier judiciaire aux différents intervenants des établissements scolaires?

Ces personnels sont recrutés soit par les mairies soit par les rectorats. Lorsqu’il s’agit de postes de titulaires, un extrait de casier leur est obligatoirement demandé pour être titularisé. Mais ce n’est pas le cas s’ils postulent en tant qu'intervenants occasionnels ou remplaçants ponctuels. Certaines mairies et certains rectorats sont très vigilants et le demandent, mais malheureusement pas tous. D’autant que dans certaines communes, les difficultés de recrutement sont réelles. Or cela devrait être obligatoire, à partir du moment où un candidat souhaite exercer une activité au contact d’un enfant.

Cela permettrait-il d’éradiquer presque tous les cas de pédophilie dans les établissements?

Malheureusement non, mais ce serait un premier niveau de sécurité. Car une personne peut par exemple, être recruté avec un casier vierge et commettre des agressions plus tard. Si on ne lui redemande pas un extrait de casier quelques années plus tard et si la justice n'informe pas l'Education nationale de sa condamnation, il peut passer entre les mailles du filet.

Que faudrait-il faire pour changer la donne?

Les mairies et les rectorats devraient vérifier systématiquement le casier judiciaire de tous les intervenants auprès d'enfants. Par ailleurs, le ministère de la Justice devrait adresser systématiquement au ministère de l’Education un avis en cas de condamnation d’une personne exerçant dans un établissement scolaire.

Depuis la mise en examen d’un directeur d’école de Villefontaine (Isère) pour «viols» et «agressions sexuelles» sur plusieurs de ses élèves, la chappe de plomb sur ces affaires de pédophilie semble levée. Pensez-vous que cela va perdurer?

La chappe de plomb est loin d’être levée, elle est juste fissurée. Car il existe encore beaucoup d’affaires de pédophilie dans les établissements qui sont passées sous silence. Car des pressions sont exercées sur des parents afin qu’ils ne parlent pas. Et peu d’entre eux osent porter plainte, en raison de ces pressions et de la honte associée à ces affaires d'abus sexuels.