Loi sur le renseignement: Les Imsi-catcher, des valises-espionnes au cœur des inquiétudes

TERRORISME Ce dispositif d’écoutes massives pourrait devenir légaux grâce à la nouvelle loi…

William Molinié

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Capture d'écran du site de vente en ligne Alibaba.
Capture d'écran du site de vente en ligne Alibaba. — 20 Minutes
  • La loi prévoit de légaliser des dispositifs d'écoute à grande échelle.
  • Les Imsi-catcher interceptent toutes les métadonnées qui transitent dans son rayon d'action.
  • Potentiellement, des gens qui n'ont rien à se reprocher pourront être écoutés.

Les services de renseignement ne s’en cachent plus. L’Imsi-catcher, ce joujou électronique qui tient dans une valise ou un sac à dos, a déjà intégré leurs services. Le projet de loi renseignement ne fera que légaliser une pratique illicite mais courante qui consiste à enregistrer toutes les données qui transitent dans les téléphones présents dans une zone donnée.

La technologie, très utile aussi pour les services de police judiciaire, peut s’avérer déterminante pour connaître, par exemple, le nombre de téléphones portables qu’utilise un suspect. C’est grâce à ce type de dispositif mobile d’écoute que la seconde ligne téléphonique de Nicolas Sarkozy, au nom de «Paul Bismuth», a été découverte.

Technologies non maîtrisées

Les détracteurs du projet de loi s’inquiètent que ces valises-espionnes recueillent les données de tous les téléphones présents à proximité et enregistrent les informations de citoyens qui n’ont rien à se reprocher. Donc, sous couvert d’espionner des suspects, recueillir par hasard les données de politiques, syndicalistes, journalistes, avocats ou chefs d’entreprise…

Aujourd’hui, le rayon d’écoute de ces fausses antennes relais GSM peut aller jusqu’à 500m. «Mais qu’en sera-t-il demain? Et si la technologie permettait d’aller jusqu’à 20km...», faisait remarquer à 20 Minutes il y a quelques jours Jean-Marie Delarue, garde-fou des interceptions de sécurité. Un amendement écologiste propose d’encadrer leur utilisation en interdisant de les placer à côté de bâtiments tels que l’Assemblée nationale ou le Sénat. «On ouvre une porte. Mais on ne connaît pas l’ampleur que ça va prendre», s’inquiétait-il. Bernard Cazeneuve lui-même, devant la commission des lois, l’a reconnu: «Les technologies qui permettent [cette] centralisation ne sont pas maîtrisées à l’heure actuelle».

Les données peuvent être effacées

D’ores et déjà, ces technologies sont travaillées par les équipes de groupes industriels français spécialisés dans la sécurité. Mais en toute discrétion. Chez Thales, par exemple, on ne reconnaît pas officiellement l’existence de programmes de développement d’Imsi-catcher. Mais le dispositif est évidemment connu. «On attend de voir le résultat du projet de loi pour communiquer et en parler», souffle-t-on. «Si demain la police peut en acheter, des versions allégées disponibles pour le grand public pourraient voir le jour», avertit un connaisseur du secteur économique de la sécurité. Déjà, des applications annoncent pouvoir repérer en temps réel et sur une carte les Imsi-catcher qui seraient à proximité de votre téléphone portable.

Reste à savoir aussi ce qu’on fera des données recueillies. Elles peuvent être complètement effacées, assurent les services de renseignement. Autrement dit, rien n’empêchera en soi un service de police d’écouter de façon massive sous prétexte d’écouter une cible prédéfinie.

Même le rapporteur socialiste de la loi, Jean-Jacques Urvoas, l’a bien compris puisqu’il a lui-même déposé un amendement pour créer le statut de lanceur d’alerte au sein du renseignement. L’objectif affiché est d'offrir «une protection juridique à un agent des services de renseignement qui souhaiterait dénoncer la mise en œuvre illégale d'une technique de recueil du renseignement ou une surveillance abusive». Exemple, écouter de façon complètement obscure un opposant politique…