Rapport de la CNCDH: Pourquoi les clichés antisémites ont prospéré en 2014

DROITS DE L'HOMME Selon le rapport annuel la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) dévoilé ce jeudi, les vieux préjugés antisémites ont progressé dans l'opinion publique en 2014...

Delphine Bancaud

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Kipa illustration
Kipa illustration — Arno Burgi/AP/SIPA

«Ils ont trop de pouvoir», «Ils aiment l’argent», «ils trustent les médias»… Des vieux clichés antisémites qui n’ont pas perdu de leur vigueur, selon le rapport annuel la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) dévoilé ce jeudi. «C’est paradoxal: alors que la communauté juive est la minorité la mieux acceptée dans la société française, on assiste à une résurgence des préjugés la concernant», constate Christine Lazerges, présidente de la CNCDH.

Préjugés: Les Français plus tolérants mais aussi plus racistes

Ainsi, selon le baromètre 2014 de la CNCDH, 63% des personnes interrogées pensent que les juifs ont «un rapport particulier à l’argent» (+3% par rapport à 2013), 37% estiment «qu’ils ont trop de pouvoir en France» (+3%), 56% qu’Israël compte plus pour eux que la France (+5%), 25,5% qu’on parle trop de la Shoah...

L’influence de Dieudonné

Pour Vincent Tiberj, sociologue à Sciences-Po «ces préjugés ont été remis au goût du jour en 2014 notamment par Dieudonné et Alain Soral, dont la parole est très accessible sur Internet et dont les médias ont beaucoup parlé cette année en raison de l’interdiction des spectacles du premier». La manifestation «Jour de colère» a aussi contribué à la diffusion de slogans antisémites. Par ailleurs, selon le rapport de la CNCDH, les mesures prises pour protéger la communauté juive en 2014, comme l’interdiction du spectacle de Dieudonné et des manifestations pro Palestiennes à Paris cet été, auraient «renforcé la croyance de l’influence» des juifs, chez certaines personnes qui avait déjà ce préjugé en tête.

Des actes antisémites en augmentation

Ces a priori tenaces ont aussi servi de terreau à des faits divers: début décembre 2014, un jeune couple a été violemment agressé à Créteil parce qu’il était juif, et que les agresseurs estimaient qu’ils avaient de l’argent. Parallèlement, l’année 2014 a été marquée par une augmentation de 100% des actes antisémites, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur relayés dans ce rapport (851 contre 423). «Ce doublement du chiffre est dû au pic des actes antisémites en juin, juillet et août dernier, lors de la guerre à Gaza. Ce qui prouve bien «l’importation du conflit israélo-palestinien sur notre territoire», analyse Christine Lazerges.  

Reste un espoir de changement, selon la CNCDH. Car après les attaques terroristes de janvier, un sondage** a montré que la tolérance vis-à-vis des juifs avait augmenté de 3,7 points en un an. «Les attaques contre Charlie Hebdo et contre l’Hyper Cacher n’ont donc pas provoqué de crispation vis-à-vis des musulmans ou des juifs», souligne Chrsitine Lazerges.

*Baromètre effectué par l’institut BVA entre le 3 et le 17 novembre 2014 auprès d’un échantillon représentatif de 1.020 personnes âgées de 18 ans et plus d’après la méthode des quotas.

** Sondage effectué du 3 au 13 mars 2015, d'après l'indice de tolérance élaboré par plusieurs chercheurs du CNCDH.