L'infantilisation des adultes expliquée aux grands

SOCIETE Que pensent les philosophes et essayistes de nos tendances régressives?...  

Audrey Chauvet

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Enfants écoutant de la musique dans un magasin.
Enfants écoutant de la musique dans un magasin. — ANSOTTE/ISOPIX/SIPA

Coloriages, télé à gogo, jeux à longueur de journée… Les adultes adoptent de plus en plus souvent des comportements enfantins ou adolescents. Que nous disent les philosophes et essayistes de ces tendances régressives? 

Sommes-nous tous de grands enfants?

1. Une manœuvre de la société de consommation

Le philosophe Bernard Stiegler estime que la télévision et la publicité jouent un rôle majeur dans la formation «d’individus infantilisés, gavés d’image et pulsionnels». L’influence des enfants sur leurs parents au moment de l’achat pousserait les annonceurs à «dévaloriser les parents, ridiculiser leurs problèmes et leurs ennuis d’adultes, se moquer de leur autorité et de la nécessité de dire "non" à tous les désirs des enfants, entre autres ses désirs de consommation», écrit Bernard Stiegler.

2. L’Etat-nounou

Dans La grande nurserie (éd. JC Lattès), l’essayiste libéral Mathieu Laine estime que les réglementations de plus en plus draconiennes sur la cigarette ou les limitations de vitesse (entre autres) contribuent à faire des Français de grands enfants qui se reposent sur un «Etat-nounou», seul apte à leur dire ce qu’il faut faire («Manger cinq fruits et légumes par jour») ou ne pas faire («Protégez les enfants: ne leur faites pas respirer votre fumée»).  

3. Les émotions au pouvoir

On reste des enfants, et alors? Le philosophe Paul Virilio s’alarme des conséquences politiques de l’infantilisation: il parle d’un «communisme des émotions dans un capitalisme mondialisé». Pour le philosophe, la «synchronisation des émotions», permise par les réseaux sociaux, crée des «tsunamis d’émotion, de compassion, de paniques, de violence» amplifiées par les médias, eux aussi guidés par l’instantanéité. «Peut-on passer de la démocratie d'opinion à la démocratie d'émotion? Je ne le crois pas», s’inquiète le philosophe, qui voit dans la glorification de l’enfance et de l’irresponsabilité un frein à la prise en compte des problèmes sociétaux sur le long-terme.