Doublement du nombre de mosquées: Comment sont financés les lieux de culte musulmans en France?

RELIGION «20 Minutes» vous apporte les clés pour comprendre cet enjeu...

William Molinié

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Strasbourg le 30 08 2011. Illustration. Prière de la fin du ramadan dans la toute nouvelle grande mosquée de Strasbourg.
Strasbourg le 30 08 2011. Illustration. Prière de la fin du ramadan dans la toute nouvelle grande mosquée de Strasbourg. — G. VARELA \ 20 MINUTES

Doubler le nombre de mosquée en France. C’est la proposition du président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, pour pallier le manque de lieux de culte. L’annonce ne pouvait évidemment pas laisser sans voix le Front national qui a dénoncé une «provocation». Quelques clés pour comprendre la polémique et dépassionner le débat…

Combien de mosquées en France?

Selon le CFCM, le nombre de mosquées est de 2.200 sur le territoire français. Ce chiffre est à rapprocher du nombre de musulmans en France. C’est là que le bât blesse. Car en l’absence de statistiques religieuses officielles, interdites par la loi, des écarts importants surviennent. Ainsi, selon le CFCM, il y a 7 millions de musulmans. Mais les estimations des instituts de sondage, basés sur des échantillons de population, varient de 4 à 5 millions.

Pourquoi les autorités musulmanes veulent plus de mosquées?

«Il faut que le nombre de mosquées reflète le nombre de musulmans», a précisé Amar Lasfar, le président de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). C’est aussi une manière pour les représentants de l’Islam en France de lutter contre la radicalisation et les interprétations radicales du Coran. En construisant des mosquées, ils espèrent encadrer l’enseignement de leur religion. Le fait qu’il manque des mosquées en France est relativement consensuel. Le porte-parole de la conférence des évêques de France, Mgr Ribadeau-Dumas a estimé dimanche sur Europe 1 que «les musulmans [devaient], comme les chrétiens et les juifs, pratiquer leur religion», reconnaissant «légitime» la volonté de Dalil Boubakeur de doubler le nombre de mosquées.

Comment sont-elles financées?

C’est bien cette question qui divise la classe politique. La loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 interdit aux autorités de construire des lieux de culte. Le principe est simple. Si les musulmans veulent construire une mosquée, ce sont aux fidèles de la financer, grâce aux dons. Ce qui a poussé les responsables cultuels à chercher des soutiens et des moyens auprès d’Etats étrangers. Manuel Valls a indiqué début mars qu’il souhaitait que «ce réflexe […] se perde». Un rapport du sénateur UDI de l’Eure, Hervé Maurey, a pointé les insuffisances de la loi de 1905. Ses préconisations devraient donner lieu à un débat parlementaire et à une proposition de loi à l’automne prochain.

Comment l’Etat contourne la loi de 1905?

Les mairies, qui «s’opposent de moins en moins systématiquement à la construction de mosquées» selon l’UOIF, trouvent cependant des failles dans la législation pour favoriser la construction de mosquées. Par exemple, ils contournent la loi de 1905 en accordant des baux emphytéotiques (longue durée qui peut aller jusqu’à 99 ans) pour le terrain. La loi interdit le financement de lieux de culte mais pas les lieux culturels. Ainsi, les villes peuvent aider à construire le hammam, la salle d’exposition, le restaurant ou encore la bibliothèque de la mosquée.

Pourquoi le financement des mosquées est occulte?

Ne pouvant pas faire appel aux subventions publiques directement, les responsables cultuels musulmans n’ont d’autres solutions que de faire appel aux fidèles pour construire leurs lieux de prières. Cela passe dans la majorité des cas par une association de loi 1901. Or, sauf si elles sont reconnues d’utilité publique, les associations ne sont pas tenues de publier leurs comptes. Ainsi, personne ne sait officiellement d’où vient l’argent, et comment il est utilisé. A part, peut-être quand ils y parviennent, les services de renseignement. A titre d’exemple illustrant l'opacité des financements, celui du recteur et imam de la mosquée de Nanterre, Mohamed Boudjedi. En octobre dernier, il a été condamné à trois ans de prison, dont la moitié avec sursis, pour avoir détourné plus de 530.000 euros destinés à la construction du nouveau lieu de culte. Quelques ajustements à la loi de 1901 sur les associations pourraient permettre de régler ce problème de transparence.

Pourquoi le FN dénonce une «provocation»?

Pour le Front national, doubler le nombre de mosquées est une proposition «saugrenue et dangereuse». «Toutes les mosquées ne sont pas des lieux de radicalisation mais 100% des lieux de radicalisation sont des mosquées», a dénoncé Florian Philippot, vice-président du FN. Justement, le CFCM veut, en doublant le nombre de lieux de cultes, mieux former les imams qui y officieraient. Dalil Boubakeur a annoncé avoir bon espoir d’aboutir bientôt à un accord avec «certaines universités parisiennes» pour le volet non-religieux de cette formation. Ces cours auraient ainsi comme objectif «de transmettre des connaissances de la France, de la loi, des traditions françaises à nos imams, pour qu’ils aient une formation complète, religieuse et républicaine», a-t-il dit, insistant pour «faire tout pour que nos imams soient des modèles de paix».