Plan Vigipirate: Les CRS sur les rotules

SÉCURITÉ Trois mois après les attaques terroristes à Paris, les CRS peinent à suivre le rythme et les arrêts maladie se multiplient...

William Molinié

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Photo d'illustration de CRS
Photo d'illustration de CRS — FRED SCHEIBER / 20 MINUTES

Les policiers de la CRS 39 de Nancy (Meurthe-et-Moselle) devaient prendre la route ce mardi pour Paris. Leur mission? Trois semaines de surveillance dans le cadre du plan Vigipirate. Mais le nombre d’arrêts maladie au sein de la compagnie a conduit la direction générale des CRS à revoir son planning et à annuler le déplacement. Situation critique aussi pour la CRS 46 de Sainte-Foy-lès-Lyon (Rhône) actuellement en patrouille dans la capitale. Censés surveiller de façon statique les locaux de presse, les CRS se partagent plusieurs rédactions en patrouillant de l’une à l’autre, n’ayant plus les moyens humains d’y rester toute la journée.

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Trois mois après les attaques terroristes à Paris, les CRS peinent à suivre le rythme imposé par le renforcement du plan Vigipirate. Très sollicités, «ils sont épuisés», constate auprès de 20 Minutes Nicolas Comte, porte-parole de SGP-Unité Police, le premier syndicat de gardiens de la paix. «Pour assurer les missions, la direction est allée piocher dans les compagnies qui étaient en formation, et celles de repos. Du coup, les CRS qui font en temps normal 200 jours par an hors de leur foyer se retrouvent à partir tout à coup pour de longues missions qui n’étaient pas prévues», poursuit-il.

25 policiers en arrêt sur 65

A la CRS 26 de Toulouse-Lardenne (Haute-Garonne), encore, 25 policiers sur les 65 de la compagnie sont en arrêt maladie. Contrairement aux idées reçues, la garde statique d’un site à risque peut s’avérer physiquement fatigante. Pendant six heures d’affilée, le CRS doit rester debout, vigilant, tout en portant un gilet pare-balles de dix kilos et un fusil dont le poids oscille entre cinq et six kilos.

Préparés et habitués à partir sur le pouce pour encadrer une manifestation, des violences urbaines ou encore des missions de sécurisation, les CRS ne voient plus le bout du tunnel. «Le Premier ministre a rappelé que les Français doivent apprendre à vivre dans ce contexte de menaces et de sécurisation constante. Il faut réfléchir à la façon dont les CRS peuvent vivre avec ça sur le long terme, d’autant que ce sont eux qui ont été les plus touchés par la baisse des effectifs au sein de la police entre 2008 et 2012», ajoute Nicolas Comte.

S’appuyer sur la sécurité privée

Le syndicat de police propose, pour dégager des moyens humains, d’abandonner la surveillance des sites à risque, vides la nuit. Et de faire pression sur les groupes privés de presse pour se sécuriser eux-mêmes en ayant recours à des vigiles, à la pause de systèmes de vidéosurveillance ou encore à la construction de sas d’entrée.

Les CRS comptent aussi profiter de cette période d’intenses sollicitations pour valoriser leur travail. L’indemnité journalière de déplacement à hauteur de 30 euros n’a pas été revue depuis 15 ans. «Ça ne compense plus l’absence du foyer», assure Nicolas Comte.

Recours aux militaires

Du côté de la direction de la police nationale, on estime que la situation n’est «pas aussi critique» que celle décrite par les syndicats. «Les missions du plan Vigipirate sont assurées. Que ce soit par les CRS, où lorsqu’ils sont en repos, par les militaires dont les gendarmes qui contribuent aussi au dispositif», fait savoir à 20 Minutes une source à Beauvau.

Au total, environ un millier de CRS sont employés chaque jour. Par ailleurs, 10.500 militaires protègent 830 «sites sensibles» en France dont 310 en Ile-de-France, principalement juifs.