VIDEO. Soupçons de pédophilie à l’école: Comment les enfants victimes sont-ils pris en charge?

TRAUMATISME Des cellules psychologiques ont été activées dans plusieurs écoles où des enseignants sont soupçonnés d’avoir commis des actes pédophiles…

Vincent Vantighem (Avec Caroline Girardon et Elisa Ribéry à Lyon)
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Un policier et une famille le 24 mars 2015 devant l'école "Le Mas de la Raz" de Villefontaine, dans l'Isère
Un policier et une famille le 24 mars 2015 devant l'école "Le Mas de la Raz" de Villefontaine, dans l'Isère — Philippe Desmazes AFP

«Durant ces ateliers du goût, il a proposé à des enfants de leur bander les yeux pour leur faire avaler ou ingérer des choses qu’ils devaient reconnaître, a expliqué Matthieu Bourrette, procureur de la République de Vienne (Isère). Deux petites filles ont décrit quelque chose qui pourrait s’apparenter à un sexe…»


Ce que l’on sait de l'affaire de Villefontaine par 20Minutes

En mettant en examen le directeur de l’école du Mas de la Raz de Villefontaine (Isère) pour «viols», les autorités n’ont pas totalement réglé le problème. Il faut désormais prendre en charge les petites victimes et rassurer les enfants des autres établissements où des faits similaires ont été signalés, ces derniers jours, auprès du ministère de l’Education nationale.

«On se sent totalement démuni»

«Je ne sais vraiment pas comment il faut aborder la question avec les enfants, avoue à 20 Minutes Patrick Maurey, directeur d’une école primaire de Saint-Marcellin (Isère) où on ne parle pourtant que de ‘’l’affaire’’ survenue dans la commune voisine. Dans ce genre de cas de figure, on se sent totalement démuni.» C’est la raison pour laquelle des cellules psychologiques ont été mises en place dans plusieurs établissements.

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Car il est nécessaire d’en parler. «Indispensable même, assure Muriel Salmona*, psychiatre et fondatrice de l’association Mémoire traumatique et victimologie. Les enfants sont abreuvés d’informations. Et ils en parlent entre eux dans la cour de récréation. Il ne faut donc pas laisser passer ça sans réagir.»

«Montrer son zizi dans la rue, c’est interdit»

Facile à dire lorsque l’on est rodé à l’exercice. Beaucoup moins quand on est un parent concerné. «Je n’ai pas réussi à leur parler car je n’ai pas trouvé les mots adéquats», lâche ainsi Brahim à 20 Minutes alors que ses deux garçons de sept et huit ans sont scolarisés au Mas de la Raz.

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Sans doute parce qu’il faut commencer par changer de paradigme. «On ne parle pas ici de sexualité qui peut être un sujet gênant ou tabou dans les familles mais bien de violence, explique Muriel Salmona. On peut comparer les faits à un coup de couteau par exemple.»

Et surtout ne pas hésiter à pointer du doigt la gravité des faits. «En fonction de l’âge, on explique les choses, poursuit la psychiatre. On peut par exemple dire à son enfant que montrer son zizi dans la rue, c’est vraiment interdit et très grave car cela peut traumatiser les autres.»

Troubles alimentaires et cauchemars à venir

Parler des faits. Et faire parler les enfants également. «Cela ne se décrète pas du jour au lendemain, tranche Paul Raoult, président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE, classée à gauche). Il faut que les parents aient des discussions tous les jours avec leurs petits…» Car ce genre d’affaire laisse des traces profondes et difficiles à cicatriser.

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«C’est très bien d’avoir mis en place des urgences traumatiques pour les victimes et les autres enfants inquiets, analyse Muriel Salmona. Mais ces enfants-là vont devoir être suivis sur le long terme.» D’après elle, troubles alimentaires, problèmes affectifs et cauchemars pourraient les poursuivre une bonne partie de leur vie. Comme le dit Christiane Taubira, la Garde des Sceaux, «voler l’innocence d’un enfant est l’une des criminalités les plus terribles».

* Le livre noir des violences sexuelles de Muriel Salmona (Ed. Dunod, 19,90 euros)