Projet de loi sur le renseignement: La fronde s’organise sur le Web

LIBERTES Les opposants au texte cherchent à mobiliser les citoyens par la Toile...

Nicolas Beunaiche

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Capture d'écran de la page d'accueil du site sous-surveillance.fr.
Capture d'écran de la page d'accueil du site sous-surveillance.fr. — SOUS-SURVEILLANCE.FR

Certes, le «sursaut citoyen» appelé de leurs vœux par les associations ressemble encore davantage à un frisson. Mais à deux semaines de l’examen du projet de loi sur le renseignement, ses opposants semblent bien décidés à mobiliser la population coûte que coûte. Leur stratégie: mettre le Web de leur côté pour atteindre la société dans son ensemble.

Pourquoi le projet de loi a de quoi inquiéter les internautes

Ce mercredi, La Quadrature du Net a ainsi lancé un site dédié au combat et intitulé Sous surveillance. Sur cette plateforme, pas d’analyse ni de grandes explications de texte. Sous un compte à rebours et quelques lignes de contexte, l’internaute n’a qu’à cliquer sur la photo de son député. Apparaissent alors ses adresses mail professionnelle et personnelle, ainsi qu’un bouton permettant de l’appeler gratuitement. Ne reste plus à l’internaute qu’à renseigner son propre numéro de téléphone pour être mis en contact avec son élu, afin de lui exprimer ses griefs.

Un poison d'avril

«Notre lutte contre le projet de loi marche sur deux jambes, explique à 20 Minutes La Quadrature du Net. D’un côté, nous faisons du lobbying auprès des députés – nous essayons en ce moment de savoir qui va voter quoi – et de l’autre, nous tentons de mobiliser les citoyens.» Un mode de fonctionnement bipède déjà expérimenté à l’automne 2014, avant le vote de la loi sur le terrorisme. Un site, Présumés terroristes, avait alors été créé, et le même service d’appel gratuit mis en place. Pour un succès peu probant néanmoins, puisque la loi avait été adoptée par les sénateurs le 4 novembre.

Cette fois encore, le rapport de forces est mal engagé. «Malheureusement, ce sont toujours un peu les mêmes qui se mobilisent, ce qui ne rend pas très optimiste», explique Guillaume Champeau, journaliste à Numerama. Pour autant, il n’est pas question pour lui de sous-traiter le sujet. Au contraire. Depuis la présentation du texte le 19 mars, il relaie systématiquement les dernières informations et pointe les dangers potentiels des mesures proposées. «Notre rôle est d’alerter», assure-t-il.

Mobilisé «à plein-temps» sur le projet de loi, Guillaume Champeau est l’auteur d’un poisson d’avril qui a autant effrayé qu’amusé ses lecteurs ce mercredi matin: il y annonçait que la loi Renseignement avait été amendée «pour traquer le streaming pirate». Une simple plaisanterie? Pas vraiment, dans son esprit. «Mon objectif était de mobiliser les internautes et de les alerter sur le risque réel que le projet de loi sur le renseignement serve à autre chose que la lutte contre le terrorisme, comme le promet le gouvernement», avance le journaliste.

«The French Surveillance State»

Sur les sites d’information en ligne, les articles se sont également multipliés ces derniers jours. Signe que le projet secoue le monde des médias, le site Owni, disparu en 2012, s’est posé à nouveau sur la Toile ce mercredi pour «alerter sur les risques que fait peser un nouveau projet de loi sur nos libertés». Sur ownirevient.fr, les internautes peuvent ainsi retrouver les articles des anciens journalistes de la rédaction sur le projet de loi. Des articles critiques évidemment.

Sur Twitter, enfin, un net frémissement s’est produit mardi, jour de l’audition de Bernard Cazeneuve et Jean-Yves Le Drian à l’Assemblée. Tous les hashtags inventés sur le sujet (#PJLRenseignement, #PJLoiRenseignement ou #LoiRenseignement) ont ainsi connu une très forte progression. Ce mercredi, la nouvelle expression-clé «The French Surveillance State», du nom d’un éditorial cinglant du New York Times sur le projet français, a même fait mieux en devenant un trending topic du réseau social. Dans le même temps, certains internautes entamaient un lobbying méthodique auprès des députés gazouilleurs...

Pour les opposants au texte, il s’agira à terme de changer de braquet pour mieux se faire entendre. Car la mobilisation des Français ne pourra probablement pas se cantonner au Web. Faut-il par exemple s’attendre à une manifestation d’ici au 13 avril? Sans en faire l’annonce officielle, La Quadrature du Net précise en tout cas que c’est «une possibilité».