Illustration école à Bordeaux
Illustration école à Bordeaux — S.ORTOLA/20MINUTES

EDUCATION

Soupçons de pédophilie à l’école: «Je crains qu’on assiste à une chasse aux sorcières»

La multiplication des signalements de cas de pédophilie dans l’Education nationale fait craindre un début de psychose dans les écoles…

La première affaire a éclaté, lundi 23 mars, devant l’école du Mas de la Raz à Villefontaine (Isère). Et en un peu plus d’une semaine, des histoires similaires sont sorties à Orgères (Ille-et-Vilaine), Marly (Moselle) et Orgeval (Yvelines). Le ministère de l’Education nationale a confirmé, ce mercredi, avoir reçu «quatre à cinq signalements» d’enseignants soupçonnés de pédophilie après la révélation de l’affaire de Villefontaine. Déjà condamné pour «détention d'images pédopornographiques» en 2006, le directeur d'une école de cette ville de l'Isère a été mis en examen pour des «viols» sur plusieurs élèves de CP.

Les faits: Les signalements se multiplient à l'Education nationale

«Quatre à cinq signalements», c’est peu au regard des 800.000 enseignants qui œuvrent chaque jour auprès des chères têtes blondes. Mais beaucoup trop pour leurs parents. «Je crains qu’on assiste désormais à une chasse aux sorcières, réagit ainsi Paul Raoult, le président de la Fédération des conseils de parents d’élèves (classée à gauche). Il ne faut pas faire d’amalgame. J’appelle les parents à qui les enfants remonteraient des accusations à faire preuve de la plus grande prudence…»

«Peur qu’on devienne tous suspects aux yeux des parents»

Ministre de l’Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem a bien compris le risque. Multipliant les interventions dans les médias depuis une semaine, elle s’est encore exprimée, mercredi, d’une sortie à l’issue du Conseil des ministres. «Il faut faire attention à ne pas tomber dans l’angoisse absolue, a-t-elle déclaré. N’allons pas jeter l’opprobre sur toute une profession!»

«Ne pas tomber dans l'angoisse», réclame Najat Vallaud-Belkacem

C’est ce que redoute Patrick Maurey. Directeur d’une petite école à Saint-Marcellin (Isère), il raconte à 20 Minutes que ses collègues ne parlent que de «ça» en salle des professeurs. «Ils ont peur qu’on devienne tous des suspects aux yeux des parents, confie-t-il. Certes, il y a des failles. Mais on ne va pas commencer à éplucher la vie privée de tous les enseignants pour rassurer les parents…»

Une double enquête administrative

Ce n’est pas l’idée des autorités. Avant toute chose, Najat Vallaud-Belkacem veut comprendre pourquoi des informations détenues par la justice sur des condamnations d’enseignants n’ont pas été transmises à son ministère. Elle a donc diligenté une double enquête administrative en collaboration avec sa collègue Christiane Taubira. Si les casiers judiciaires des fonctionnaires sont examinés à leur embauche, ils le sont rarement en cours de carrière.


«Fin avril, nous aurons un premier rapport sur les dysfonctionnements, assure, à 20 Minutes, un porte-parole de la Chancellerie. Ensuite, des propositions concrètes seront formulées avant l’été.» Dans les couloirs de l’Assemblée nationale, mercredi, Christiane Taubira a même expliqué à BFM TV qu’elle était prête à passer par une loi pour obliger les parquets à transmettre à l'Education nationale les informations concernant les condamnations de certains enseignants afin de pouvoir, au final, les révoquer définitivement (lire l'encadré).

«Mettre les brebis galeuses à l’écart du troupeau»

Christiane Ruel ne demande rien de plus. Porte-parole de l’association Enfance et partage elle se réjouit que la parole se soit libérée sur des faits aussi graves. «Profitons en maintenant pour mettre à l’écart du troupeau les quelques brebis galeuses, réclame-t-elle. Ce sont elles qui ont trahi la confiance des parents vis-à-vis de l’école. Ces derniers peuvent légitimement se poser des questions en déposant leurs enfants le matin…»

Présidente de la Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (classée à droite), Valérie Marty assure, elle, n’avoir lu, pour l’instant, que «de la stupeur» dans le regard de ses adhérents. «On verra bien comment cela se passe dans les prochains jours…» Dans son village de Saint-Marcellin, Patrick Maurey abonde: «L’avenir proche va être assez déterminant pour notre profession.»

Seize révocations d’enseignants en 2014

 A l’issue du conseil des ministres, Najat Vallaud-Belkacem a annoncé que seize enseignants avaient été révoqués à vie de l’Education nationale en 2014 après avoir été frappés par une condamnation pour des faits de «pédophilie» ou de «détention d’images pédopornographiques».