Crise à Radio France: Qui est Mathieu Gallet?

PORTRAIT Le jeune PDG de Radio France est dans la tourmente…

Anne-Laëtitia Béraud

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Mathieu Gallet, président-directeur général de Radio France, le 15 octobre 2014 à Paris.
Mathieu Gallet, président-directeur général de Radio France, le 15 octobre 2014 à Paris. — VINCENT WARTNER/SIPA

Le PDG de Radio France Mathieu Gallet de nouveau dans la tourmente. Après la révélation de certains frais à Radio France, l'homme est de nouveau épinglé par Le Canard enchaîné pour des factures salées. Selon l'hebdomadaire satirique de ce mercredi, Mathieu Gallet aurait dépensé 125.000 euros pour rénover ses bureaux et plus d'un million d'euros en conseils dans son précédent poste, à la tête de l'Institut national de l'audiovisuel (INA). Des informations jugées diffamatoires par l'intéressé, qui a annoncé porter plainte. Les critiques se multiplient alors que Radio France entame son 14e jour de grève. Retour en quatre étapes sur ce dirigeant de 38 ans, à la croisée entre les milieux audiovisuels et politiques…

Art et entregent

Fils d’une mère salariée de La Poste et d’un père commercial du Lot-et-Garonne, Mathieu Gallet est diplômé de Science-Po Bordeaux et d’un DEA d’économie. Le jeune homme a de l’entregent, passionné d’art. Il «monte» à Paris après ses études et après quelques semaines auprès de l’assistant du metteur en scène américain Bob Wilson, il entre à Canal+. Il y devient rapidement chargé de missions pour les relations extérieures. A ce poste pendant trois ans, ce lobbyiste construit son réseau.

La case des ministères

En 2006, Mathieu Gallet, qui a été repéré par son patron de Vivendi (dont fait partie Canal+), est recruté au cabinet du ministre de l’Industrie François Loos en tant que conseiller pour les questions audiovisuelles. Il rejoint ensuite le cabinet de Christine Albanel à la Culture. La ministre est remplacée par Frédéric Mitterrand. Ce dernier le propulse, à 32 ans, directeur adjoint de son cabinet. Une nomination alors critiquée. «Et puis quoi encore? Vanessa Paradis à l'Académie française tant que tu y es!», lance Jean de Boishue, alors chargé de mission à Matignon, à Frédéric Mitterrand. L’ex-ministre raconte cet épisode houleux dans La Récréation, un extrait repéré par Télérama. Frédéric Mitterrand, qui raconte son admiration pour Mathieu Gallet, le surnomme «Tancrède», comme l’un des personnages du Guépard, interprété par le jeune Alain Delon dans le film du même nom. Ce même ministre l’aide à le faire nommer en 2010, à la tête de l'Institut national de l'audiovisuel (INA), et ce contre l’avis de Matignon. L’Elysée, hésitante, accepte finalement la nomination.

De l’INA à Radio France

Pendant quatre ans à la tête de l’INA, de mai 2010 à mai 2014, Mathieu Gallet est réputé «faire le job». Il y soigne également ses relations. Le Canard enchaîné révèle ce mercredi que l'ambitieux fait refaire ses deux bureaux pour 125.000 euros et dépense un million d’euros en frais de communication, ce que dément l'intéressé. A l’automne 2013, il rencontre les membres du CSA au siège de l’INA. Ces personnalités le nomment en mai 2014, à l’unanimité, à la tête de Radio France. Il y remplace Jean-Luc Hees.

La crise

Dès son arrivée à Radio France, Mathieu Gallet est chargé de rénover la maison aux 4.500 employés...et couper dans les coûts épinglés par la Cour des Comptes. Le nouveau patron explique que l’entreprise publique accuse un déficit de 21,3 millions d'euros en 2015, et doit économiser 50 millions d'euros d'ici à 2019. La colère gronde parmi les salariés. Le 18 marsLe Canard enchaîné rapporte que le bureau de Mathieu Gallet a été rénové pour 105.000 euros à son arrivée à Radio France. Avant que d’autres dépenses onéreuses ne fuitent dans la presse, tels ces 90.000 euros par an pour gérer son image. Le 19 mars, les salariés se mettent en grève illimitée contre un éventuel plan social. Parallèlement à cette crise, Mathieu Gallet négocie avec l'Etat son nouveau contrat d'objectifs et de moyens, qui doit fixer les ressources du groupe pour plusieurs années.