Crash d’un avion A320: Un pilote français pourrait-il cacher son arrêt de travail à sa compagnie?

CATASTROPHE Si Andreas Lubitz avait été français, il aurait vraisemblablement pu agir de la même manière...

Nicolas Beunaiche

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Un pilote Air France, en 2005.
Un pilote Air France, en 2005. — BERBAR HALIM/SIPA

Andreas Lubitz n’aurait pas dû travailler mardi, jour du crash de l’A320 qu’il copilotait. C’est ce qu’a révélé ce vendredi le parquet de Düsseldorf, précisant que des attestations d'arrêt maladie avaient été retrouvées déchirées à son domicile. Une information qui fait froid dans le dos et pose une question tout aussi effrayante: un pilote peut-il dissimuler si facilement à son employeur son état de santé? Eléments de réponse avec le cas français.

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En théorie, un patient placé en arrêt maladie par son médecin a l’obligation de prévenir à la fois la Sécurité sociale, avec la raison de son arrêt, et son employeur, sans en préciser cette fois le motif. «Y contrevenir est interdit et fait courir le risque de perdre ses prestations de la Sécurité sociale», rappelle le docteur François Baumann, médecin généraliste et auteur de plusieurs ouvrages sur le burn-out.

Une «faute extrêmement grave»

«L'employeur est tenu de s'opposer au retour prématuré du salarié en l'absence de toute pièce médicale justifiant de la guérison de l'intéressé», ajoute l’administration. Mais encore faut-il que cet employeur soit prévenu que le salarié rencontre un problème… Or, dans le cas d’Andreas Lubitz, il semblerait que le jeune homme ait «caché sa maladie à son employeur [Germanwings] et à son environnement professionnel», selon le parquet.

«Pour les médecins, le secret médical est absolu», justifie Philippe Zawieja, chercheur spécialisé dans les crises et des risques psychosociaux. Mais pour le député et médecin Bernard Debré, l’explication est un peu courte. Titulaire d’un diplôme de médecine aéronautique et spatiale, il estime que pour certains professionnels, le médecin devrait préférer sa «conscience professionnelle» au secret médical, et que celui qui a prescrit un arrêt de travail à Andreas Lubitz a commis une «faute extrêmement grave».

Une question de responsabilité

«Le médecin de cet homme savait que son patient était dépressif, explique Bernard Debré. Celui-ci était probablement sous médicaments antidépresseurs, dont on sait qu’ils désinhibent et que certains multiplient par deux ou par trois le risque de crimes ou de suicides.» Confronté à une telle situation, lui assure donc qu’il aurait prévenu Germanwings de manière à empêcher Lubitz de monter à bord de l’A320.

Au-delà de la procédure légale, il y a donc là une question de responsabilité. Sur Twitter, François Legault, ex-président de la compagnie Air Transat, a ainsi raconté avoir un jour pris lui-même la décision de mettre l’un de ses pilotes dépressifs en arrêt. Dans son cas, toutefois, son employé n’avait pas mis sur pied un scénario machiavélique et mortel.