Crash d’un avion A320: Comment les pilotes sont suivis psychologiquement

AVIATION Les questions abondent au sujet du copilote, qui a volontairement conduit l’avion à l’accident...

Nicolas Beunaiche

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Un pilote de Lufthansa, le 22 octobre 2010, à Francfort, en Allemagne.
Un pilote de Lufthansa, le 22 octobre 2010, à Francfort, en Allemagne. — Boris Roessler/AP/SIPA

Les enquêteurs en sont désormais certains: c’est le copilote du vol 4U9525 qui a précipité l’avion de Germanwings dans une montagne des Alpes-de-Haute-Provence, mardi. Suicide ou attentat suicide? Le procureur de Marseille, qui s’est exprimé ce jeudi, n’a voulu exclure aucune de ces hypothèses. Mais ses révélations n’ont pas manqué de soulever de nouvelles questions, notamment sur le suivi psychologique des pilotes.

Lors d’une conférence de presse organisée à Cologne ce jeudi, Carsten Spohr, le patron de Lufthansa, a pris le temps de détailler les procédures de recrutement et d'accompagnement de ses pilotes, qu’il a qualifiés de «meilleurs du monde». «Ceux qui nous connaissent savent que nous sélectionnons avec beaucoup, beaucoup d'attention» nos pilotes, a-t-il expliqué. Si la compagnie ne mène pas d’enquête auprès des proches –«aucune compagnie ne le fait», elle donne en revanche une large place aux examens psychologiques, qui complètent les tests techniques et cognitifs.

«Sous stress, on ne fait pas illusion»

Après embauche, le suivi des pilotes de Lufthansa se détend. Seul un contrôle médical est effectué une fois par an. Une procédure similaire à celle en vigueur chez Air France, selon un pilote français interrogé par 20 Minutes. «Tous les ans, nous devons obtenir un certificat d’aptitude physique et mental délivré par un centre d’expertise, explique-t-il. Toutefois, il ne s’agit pas de tests psychiques, même si des symptômes de dépression peuvent alors être détectés par le médecin.» A cette occasion, le personnel peut en effet être interrogé sur ses éventuels soucis professionnels ou personnels. En fonction de normes européennes qui fixent par exemple les pathologies compatibles avec le pilotage, le médecin a pour mission de juger si un membre du personnel est apte au travail ou non. Dans le cas contraire, ce dernier est momentanément suspendu de ses fonctions.

Entre deux consultations, détecter un problème d’ordre médical ou mental est plus compliqué. Aucun examen psychologique en tant que tel n’est pratiqué. Mais dans les grandes compagnies comme Air France, les pilotes effectuent toutefois quatre séances de simulateur réparties sur toute l’année qui permettent de contrôler leurs dispositions psychologiques et leur aptitude à gérer la pression. Or «sous stress, poussés dans nos retranchements, on ne fait pas longtemps illusion», explique à l’AFP Eric Prévot, commandant de bord chez Air France.

«Certains passages à l’acte sont quasiment imprévisibles»

Au sein de Lufthansa, les pilotes qui souhaitent devenir commandants de bord voient quant à eux leur aptitude au commandement évaluée. Des tests qui ne sont pas des examens psychologiques, mais qui permettent de sonder le mental des candidats. La compagnie allemande compte enfin sur la surveillance mutuelle des pilotes. «Bien sûr, chaque premier officier doit dire s'il perçoit des problèmes chez ses collègues, s’il pense que son collègue a de bonnes dispositions psychologiques pour continuer à piloter», explique Carsten Spohr.

Reste qu’un comportement suicidaire, de même qu’une radicalisation religieuse, est très difficile à détecter. «Il est carrément impossible d’anticiper un tel geste», estime même un pilote d’Air France à propos du crash volontaire de l’A320 de Germanwings. Sans compter que «les tests et entretiens [psychologiques] peuvent aussi être manipulés», ajoute Jérémie Vandevoorde, docteur en psychologie, psychologue clinicien et auteur de Psychopathologie du suicide (Dunod). «On ne peut jamais être certain d’un profil suicidaire, poursuit-il. Certains passages à l’acte sont quasiment imprévisibles.»