Prostitution: La pénalisation des clients, une mesure qui fait ses preuves à l’étranger?

RACOLAGE Lundi et mardi, le Sénat examinera la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel....

Delphine Bancaud

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Illustration d'une prostituée à Bordeaux (Gironde).
Illustration d'une prostituée à Bordeaux (Gironde). — SERGE POUZET/SIPA

Le débat fait rage en France. C’est lundi et mardi, que le Sénat examinera la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel, qui prévoyait initialement de pénaliser les clients des prostituées. Une mesure qui ne fait pas consensus tant chez les politiques que chez les associations. La commission spéciale du Sénat a d'ailleurs rejeté mercredi toute sanction des clients. Mais le débat législatif est loin d'être terminé et cette mesure pourrait être réintroduite dans le texte par l'Assemblée nationale. L’occasion d’analyser la situation dans les pays qui ont opté pour cette voie répressive pour faire reculer le phénomène.

C’est le cas de la Suède qui a adopté une loi en 1999, instaurant la criminalisation des clients des prostituées. «Une quinzaine d’années après, on constate qu’elle a fortement modifié l’attitude des clients, car la prostitution de rue a été divisée par deux», affirme Chantal Jouanno, sénatrice UDI et coauteur d’un rapport sur la prostitution.

En Suède «la prostitution de rue a reculé»

Il faut dire que le système est dissuasif pour les clients: ceux qui sont pris en flagrant délit ont le choix entre reconnaître les faits et payer une amende ou finir au tribunal, avec le risque que l’affaire s’ébruite. Même son de cloche chez Grégoire Théry, secrétaire général du mouvement du Nid: «La prostitution de rue a reculé et même si le racolage sur Internet a progressé après 1999 en Suède, il a moins prospéré que dans les pays voisins.»

La communication faite autour de la loi a aussi eu des répercussions sur les réseaux de proxénètes: «Des écoutes policières ont démontré qu’ils se disaient entre eux que la Suède était devenue marché mort. Et comme ils font sans cesse des calculs de rentabilité, ils se sont détournés de ce pays pour s’implanter ailleurs», explique Grégoire Théry.

En Suède comme en France, la pénalisation du client n’avait pourtant pas fait l’unanimité au début. «70% de l’opinion était contre au départ, mais les sondages ont démontré que désormais seulement 30% y est opposé. Preuve que les Suédois ont pris conscience de l’impact de la loi», déclare Guy Geoffroy, député de Seine-et-Marne et rapporteur de la mission d'information parlementaire sur la prostitution en France.

Les différents visages de la prostitution aujourd’hui en France

D’autres exemples plutôt positifs ailleurs

La Norvège et l’Islande ont ensuite emboîté le pas à leur voisine scandinave en 2009. Dans ces pays, acheter un service sexuel est aussi passible de peines de prison et d’amendes.

«En Norvège, elle a été adoptée sous la gauche et quand la droite est arrivée au pouvoir, elle ne l’a pas abrogée.» Une preuve de son efficacité, selon Grégoire Théry.

A l'inverse, dans les pays où fréquenter une prostituée n’est pas considéré comme un délit (Allemagne, Espagne, Pays-Bas...) «ce message de tolérance a facilité l’implantation de réseaux», explique Chantal Jouanno.

Les prostituées fragilisées?

Reste que la pénalisation des clients ne convainc pas tout le monde. Dans un communiqué, le Strass (Syndicat des travailleurs du sexe) estime qu’elle «les isole, les précarise, accroît leur insécurité, et augmente les risques sanitaires auxquels elles et ils font face». Plusieurs associations de santé (dont Aides et Médecins du Monde) ont aussi déclaré cette semaine que cette mesure conduit à «une exposition accrue aux violences et au VIH» des prostituées.

Et même s’il est convaincu de l’efficacité de la mesure, Grégoire Théry en reconnaît les limites: «Elle revient à repousser le problème plus loin, dans les autres pays plus laxistes sur la question. Il faudrait donc une harmonisation européenne sur le sujet.»