Crash d'un avion A320: Vers de nouvelles mesures de sécurité dans les avions?

SECURITE Alors que le copilote du vol 4U9525 a réussi à s'enfermer dans le cockpit pour crasher son avion...  

N.Bg.

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A Seyne-les-Alpes, le 25 mars 2015, après le crash de l'A320 de Germanwings.
A Seyne-les-Alpes, le 25 mars 2015, après le crash de l'A320 de Germanwings. — Alberto Estevez/EFE/SIPA

En annonçant ce jeudi que le copilote de l’A320 de Germanwings s’était délibérément enfermé seul dans le cockpit pour crasher son appareil dans les Alpes, «le procureur a allumé une bombe», estime un pilote d’Air France joint par 20 Minutes. «Et si on apprend que c’est un attentat-suicide, ce serait une double bombe. Dans tous les cas, il y aura des conséquences. Pour les pilotes et les compagnies, ça risque de devenir infernal.»

Car si, depuis le 11-Septembre, le cockpit est devenu une véritable forteresse pour protéger les pilotes de toute attaque, rien ne protège les passagers des pilotes eux-mêmes. En l’état actuel du règlement, si un commandant de bord ou son copilote veut écraser son avion, «on ne peut pas le combattre», indique ce pilote.

Les toilettes, ce cas de force majeure

Quel est-il, ce règlement? Chez nous, il est déterminé par l’Agence européenne de la sécurité aérienne, qui dicte le socle commun de consignes de sécurité suivies par les compagnies placées sous sa juridiction. Il n'impose pas la présence d'un membre de l'équipage lorsque l'un des pilotes quitte le cockpit, mais stipule que ces derniers demeurent à leur poste tout au long du vol, sauf cas de force majeure. Ainsi, pour avoir à boire, à manger, ou communiquer avec le personnel de bord, les pilotes appellent hôtesses et stewards dans le cockpit pour éviter de se déplacer.

Le problème, c’est que ce «cas de force majeure» peut n’être qu’une envie d’aller aux toilettes. Et dans ce cas, le pilote restant se retrouve seul dans le cockpit. «Il ne reste jamais seul longtemps», nuance notre pilote, mais face à un individu déterminé à mourir, quelques secondes suffisent pour s’enfermer seul dans le cockpit.

Face à ce risque, le pilote joint par 20 Minutes redoute un arsenal de nouvelles mesures qui pourront être prises: «Fliquer les pilotes», les soumettre à une enquête de personnalité, évaluer leur santé mentale au-delà de la simple visite médicale annuelle déjà prévue. Ou bien «installer un marshal dans le cockpit, comme sur certains vols américains». Ou encore, «revenir à un équipage à trois pilotes», pour qu’au moins deux soient en permanence présents dans le cockpit.

Réunions et nouvelles réglementations

C’est cette dernière proposition qu’ont d’ores et déjà choisie quatre compagnies aériennes ce jeudi: la canadienne AirTransat, Norwegian Air Shuttle, Icelandair et Easyjet ont en effet annoncé qu’elles comptaient imposer la présence d’au moins deux personnes dans le cockpit en permanence, un chef de cabine pouvant par exemple prendre la place du pilote devant s’absenter. La fédération allemande du secteur aérien (BDL) a elle aussi indiqué qu'elle allait dorénavant imposer cette règle à ses pilotes. En parallèle, selon Le Figaro, la Direction générale de l’aviation civile organisait ce jeudi une réunion au sommet pour réfléchir à une amélioration du système. Les débats devraient être animés entre partisans d’un accès plus facile au poste de pilotage et promoteurs du «cockpit-forteresse».

«Quelles que soient les mesures de sécurité que vous pouvez avoir dans une société, quelle que soit la rigueur des procédures, rien ne pourrait empêcher un tel acte isolé, affirmait ce jeudi le patron de la Lufthansa. Les professionnels de la sûreté aérienne sont bien décidés à le faire mentir.