Crash d'un avion A320: «On ne peut jamais être certain d’un profil suicidaire»

AVIATION «20 Minutes» a interrogé Jérémie Vandevoorde, docteur en psychologie et psychologue clinicien à propos du copilote de l'avion...

Propos recueillis par T.L.G.

— 

 Andreas Guenter Lubitz, le copilote de l'avion A320 qui s'est écrasé dans les Alpes. Photo diffusée le 26 mars 2015.
Andreas Guenter Lubitz, le copilote de l'avion A320 qui s'est écrasé dans les Alpes. Photo diffusée le 26 mars 2015. — REX/REX/SIPA

Suicide ou pas, il y a eu en tout cas «volonté de détruire l'avion», a indiqué le procureur de la République de Marseille ce jeudi. Le copilote de l'appareil, Andreas Lubitz, 28 ans, a délibérément refusé d’ouvrir la porte au commandement de l’avion. Son acte a entraîné la mort de 150 personnes. 20 Minutes a interrogé Jérémie Vandevoorde, docteur en psychologie, psychologue clinicien, et auteur de Psychopathologie du suicide (Dunod).

Peut-on parler de suicide quand l’acte entraîne 150 morts?

Ce cas, s’il s’agit bien d’un suicide, pourrait se rapprocher de ce qu’on appelle les «suicides altruistes», ou «suicides homicides». Il s’agit par exemple d’une personne qui, ayant décidé de mettre fin à ses jours, va d’abord tuer sa famille avant de retourner l’arme contre lui. Ces cas apparaissent relativement souvent dans la presse. Mais à chaque fois, des enjeux relationnels interviennent. Ce qui ne semble pas être le cas ici, sauf si le copilote connaissait un des passagers.

Comment peut-on arriver à prendre cette décision?

Il existe huit facteurs principaux qui mènent une personne au suicide. Des facteurs psychiatriques (comme la dépression), psychologiques (impulsivité, tendance à être émotif...), familiaux, biologiques, conjoncturels (rupture, séparation, deuils), environnementaux (emploi), sociaux (relations, sentiment d’être rejeté), et historiques (événement traumatique...). Le suicide est un mélange de tout ça.

En général, l'acte est planifié. Le suicidant s’est imaginé un scénario. Il s’est habitué à l’idée de mourir. Il y a souvent un désengagement du monde humain. On trouve ce qu’on pourrait appeler un état d’absurdité, dans lequel plus rien n’a de sens. Lors de certains suicides, les personnes entrent dans un état psychologique ou plus rien d’autre ne compte. C’est ce qui explique qu’une mère puisse se suicider bien qu’elle adore ses deux enfants.

Les pilotes sont régulièrement contrôlés. Comment peut-on passer à travers les tests psychologiques?

Première chose, la personne pourrait ne pas être suicidaire au moment des tests. Le processus suicidaire est très rapide. On peut passer un test au mois de janvier et ne pas penser au suicide, et devenir suicidaire quelques mois plus tard.

Les tests et entretiens peuvent aussi être manipulés. En psychologie, on n’est pas infaillible comme lors d'une IRM. Certains mentent sciemment pour ne pas être découverts. On trouve aussi des personnes qui vont cibler des états de bien-être, qui vont sembler bien en surface. Alors qu’en réalité, se cache un mal-être difficilement décelable. On ne peut jamais être certain d’un profil suicidaire. Certains passages à l’acte sont quasiment imprévisibles.