VIDEO. Crash d'un avion A320: Le récit des dernières minutes à bord du vol 4U9525

RECIT La boîte noire retrouvée sur la zone du crash permet de savoir ce qu'il s'est passé dans les minutes précédant le crash...

Nicolas Bégasse

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Débris du vol A320 qui s'est écrasé dans les Alpes le 24 mars 2015.
Débris du vol A320 qui s'est écrasé dans les Alpes le 24 mars 2015. — Fabrice Balsamo/AP/SIPA

C’est un récit précieux pour les familles des victimes. Celui des derniers instants qu’ont vécus leurs proches qui se trouvaient à bord de l’A320 de Germanwings quand il s’est écrasé mardi dans les Alpes. Grâce à l’enregistrement audio extrait de l’une des boîtes noires de l’appareil, on est en mesure, ce jeudi, de connaître ce récit.

Il est 10h quand le vol 4U9525 quitte l’aéroport de Barcelone direction Düsseldorf. Il a quelques minutes de retard. A bord se trouvent seize lycéens de retour d’un échange scolaire, un couple de jeunes mariés, deux chanteurs d’opéra… En tout, 144 passagers, quatre hôtesses et stewards, un commandant de bord et le copilote, Andreas Lubitz.

«Andreas, ouvre cette porte»

Moins d’une demi-heure plus tard, l’avion atteint son altitude de croisière. Dans le cockpit, les pilotes «échangent de façon enjouée, courtoise, comme deux pilotes normaux au cours d’un vol», détaille le procureur de la République Brice Robin. Vers 10h30, trêve de palabres, les deux hommes passent en revue la procédure vue de l’atterrissage. Changement d’ambiance: le copilote n’est plus enjoué, et répond à chaque fois de façon «laconique», selon Brice Robin. «Ce ton laconique peut laisser croire qu’à ce moment-là, il sait déjà ce qu’il va faire», estime un pilote de ligne joint par 20 Minutes. Un tout dernier message est envoyé au centre de contrôle: «Direct Irmar, merci 18G», dit l’un des deux hommes dans le cockpit, signifiant qu’il accuse réception de la consigne de vol du centre de contrôle. «Un message de routine», souligne le BEA.

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Cette formalité accomplie, le commandant de bord demande à son copilote de prendre les commandes, se lève, et quitte la cabine de pilotage «vraisemblablement pour satisfaire un besoin naturel», précise Brice Robin. Andreas Lubitz se retrouve seul dans le cockpit. Mais un pilote ne reste jamais seul plus de quelques minutes, et le commandant ne va pas tarder à revenir. C’est immédiatement que le copilote actionne la descente de l’appareil –une action «qui ne peut être que volontaire», selon le procureur.

Le commandant de bord revient. Via l’interphone et la vidéosurveillance situés près de la porte du cockpit, il se signale au copilote et lui demande d’ouvrir. Pas de réponse. «Andreas, ouvre cette porte», ordonne-t-il. En vain. De l’autre côté de la porte, l’enregistreur audio de la boîte noire entend un homme respirer: Andreas Lubitz est bien vivant, mais il ne dit rien. Il ne réagit pas plus quand la tour de contrôle de Marseille, détectant sur ses radars l’avion qui descend, ordonne de faire le code de détresse.

Comment verrouille-t-on un cockpit?

«Les cris interviennent dans les derniers instants»

Les minutes passent. A Marseille, les contrôleurs demandent à d’autres avions de faire relais-radio pour contacter l’A320. En vain. Dans l’avion, le commandant de bord se fait plus insistant, tambourinant contre la porte. On imagine qu’il tente d’entrer le code d’urgence permettant de déverrouiller la porte du cockpit, prévu au cas où le pilote resté à l’intérieur serait inconscient. Mais Andreas Lubitz est bien conscient, et il empêche toute ouverture du cockpit. L’avion poursuit sa descente. En huit minutes, il passera de 12.000m à 2.000m d’altitude: la descente est franche, mais pas en piqué, sans doute les passagers ne s’en inquiètent-ils pas encore.

C’est alors que les alarmes s’enclenchent, signalant la proximité du sol. Le commandant de bord essaie maintenant de défoncer la porte en donnant de grands coups dedans. Peine perdue: elle est blindée, et bien verrouillée. A l’intérieur du cockpit, on entend toujours le copilote respirer. Il ne dit rien. En cabine, on s’est rendu compte de l’altitude, de la chute, que quelque chose ne va pas, que l’on va s’écraser. «Les cris interviennent dans les derniers instants», décrit Brice Robin. Un premier choc survient vers 10h40. «L’avion a vraisemblablement glissé sur un talus, sur une pente», dit le procureur. Avant de percuter la montagne, à plus de 700 km/h. Sous la violence de l’impact, l’avion explose littéralement. «La mort a été instantanée.»