Crash d'un avion A320: Suicide ou attentat? Les deux scénarios possibles expliquant le drame

ENQUETE On analyse les hypothèses pouvant expliquer cette «volonté de détruire l'avion» qu'a évoquée le procureur de Marseille...

Nicolas Bégasse

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Sur la zone du crash de l'A320 de Germanwings, le 25 mars 2015.
Sur la zone du crash de l'A320 de Germanwings, le 25 mars 2015. — Laurent Cipriani/AP/SIPA

On en sait plus sur ce qui s'est passé dans le cockpit de l’A320 de Germanwings avant qu’il ne s’écrase mardi dans les Alpes, tuant les 150 personnes qui se trouvaient à bord. Les informations, extraites de la boîte noire retrouvée sur la zone du crash, ont été officiellement présentées ce mercredi: le copilote, seul dans le cockpit, s'est enfermé et a délibérément entamé la descente avec la «volonté de détruire l'avion». Pourquoi? Deux hypothèses se dégagent.

1. Un suicide

«Quand on se tue avec 149 personnes derrière, je n'appelle pas forcément ça un suicide», a affirmé le procureur de la République de Marseille. Pourtant, on connaît plusieurs cas de pilotes ayant décidé de mettre fin à leurs jours aux commandes de leur appareil. En 1994, un pilote de la Royal Air Maroc avait débranché le pilote automatique avant de piquer au sol et de s'écraser, tuant les 44 personnes présentes à bord. En 1997, c'est un Boeing de la Silkair qui s'écrase entre Jakarta et Singapour, faisant 104 victimes. L'appareil avait plongé vers le sol et s'était disloqué en vol. L'enquête avait conclu à un suicide. En 1999, un Boeing d'EgyptAir s'écrasait dans l'océan Atlantique en faisant 217 victimes. Avant l'impact, le copilote aux commandes, seul dans le cockpit, avait répété à plusieurs reprises «Je m'en remets à Dieu». Plus récemment, en 2013, un appareil de la Mozambique Airlines s'était écrasé en Namibie avec 33 personnes à bord. L'avion était descendu rapidement, et toutes les alarmes à bord avaient été ignorées par le pilote. Le pilote, seul dans son cockpit, «avait clairement envie de s'écraser».

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2. Un attentat terroriste

Le contexte international fait forcément penser à cette hypothèse. Andreas Lubitz, 28 ans, avait été engagé «en septembre 2013» par la compagnie aérienne et ne comptait que 630 heures de vol. Il s'agissait donc d'un jeune pilote, et on peut imaginer qu'il ait pu adhérer à une idéologie terroriste au cours de sa formation, ou même avant. Même si l'hypothèse paraît «farfelue» à un pilote d'Air France contacté par 20 Minutes, elle est plausible: depuis le 11-Septembre le cockpit est une véritable forteresse, c'est en y plaçant directement un agent qu'on peut la pénétrer le plus efficacement. «En tant que pilotes, on est fouillé avant accéder à l’avion, mais il ne faut pas oublier que quand on est aux commandes, on fait ce qu’on veut!», rappelle notre pilote. «On ne peut pas le combattre, admet-il, ou alors on met un marshal dans le cockpit ou en cabine comme sur certains vols américains.» Plusieurs soucis pour cette théorie: déjà, il est étrange que son action n'a pas encore été revendiquée. Ensuite, Lubitz n'était «pas répertorié comme terroriste», et «rien ne permet de dire qu'il s'agit d'un attentat terroriste» à ce stade, selon le procureur. Un avis partagé par les autorités allemandes, qui indiquent qu'il n'y a «pas d'indice d'un contexte terroriste».

Dans tous les cas, selon le pilote joint par 20 Minutes, «pour se suicider de cette manière, il faut être vraiment très mal ou très déterminé. La descente de l'avion a duré une dizaine de minutes. Et dix minutes, ça peut paraître court aux enquêteurs, mais dans le cockpit, c'est très long.»