Crash d'un avion A320: Sur les huit scénarios possibles, cinq restent plausibles

ACCIDENT «20 Minutes» passe en revue les pistes pouvant expliquer le crash du vol 4U9525...

Céline Boff

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Photo des lieux du crash de l'A320 de Germanwings dans les Alpes, le 25 mars 2015.
Photo des lieux du crash de l'A320 de Germanwings dans les Alpes, le 25 mars 2015. — F. Balsamo - Gendarmerie nationale

Mais qu’est-il arrivé à l’A320 de la compagnie Germanwings, qui s'est écrasé mardi contre une montagne du Sud-Est de la France? Alors que l’une des deux boîtes noires est en cours d’analyse à Paris, 20 Minutes fait le tour des pistes possibles et distinguent celles qui sont plausibles (en bleu) des hypothèses déjà écartées (en rouge).

Piste n°1: La dépressurisation lente

Concrètement, l’air se dépressurise progressivement dans l’avion, entraînant une perte de l’oxygène. Les pilotes se retrouvent rapidement en état d'hypoxie: «Cela pourrait expliquer que l’équipage, dans un dernier sursaut, ait tenté de réduire l’altitude de l’avion dans l’espoir de gagner un aéroport de dégagement, avant de perdre connaissance», explique Ronan Hubert, expert en accidentologie aérienne. Cette dépressurisation lente pourrait provenir d’une défaillance technique du système de pressurisation. Ou encore d’une erreur humaine. Cela avait été le cas lors du crash d'un vol de la compagnie chypriote Hélios, le 14 août 2005. Ce jour-là, des mécaniciens avaient oublié de remettre la manette de pressurisation sur le mode automatique.

Piste n°2: Le problème technique

L’avion avait fait l’objet d’une vaste révision à l’été 2013, mais «un problème technique peut survenir à tout moment, de la même manière qu’une voiture peut tomber en panne en sortant du garage», note Ronan Hubert. Pourtant, l’expert doute de cette piste: «S’il avait été confronté à un problème technique, l’équipage aurait émis un appel de détresse, ce qui n’a pas été le cas. Et aucun pilote ne prendrait seul la décision de descendre, car le risque de heurter un autre avion est trop important.» Or, c’est bien ce qu’il s’est passé avec le vol 4U9525, puisqu’à 10h31 exactement, l'avion a commencé à descendre sans autorisation. «Ce qui tend à prouver que l’équipage était soit inconscient, soit sous la contrainte.»

Piste n°3: L’attaque terroriste

Des terroristes se sont-ils emparés de l’appareil? Seule certitude: «L’avion n’a pas entamé sa descente seul, une personne le lui a forcément commandé», insiste Ronan Hubert. Mais notre expert ne croit pas à cette thèse: «L’attentat aurait déjà été revendiqué». Cette hypothèse n’est pas non plus privilégiée par les autorités françaises. Interrogé sur la présence dans l'appareil de passagers «dont on pourrait soupçonner qu'ils sont en mission suicidaire», le ministre Bernard Cazeneuve a affirmé qu'il n'y avait «aucun nom de cette nature».

Piste n°4: L’acte d’un déséquilibré

Cette piste est possible, mais peu plausible «dans la mesure où, comme lors d’une attaque terroriste, les pilotes auraient pu alerter les contrôleurs aériens en envoyant le message d’urgence 7700 via le transpondeur», estime Ronan Hubert. Et d’ajouter: «Sans compter qu’il est très difficile de rentrer sans autorisation dans le cockpit, dont les portes sont blindées.»

Piste n°5: Le suicide du pilote

La piste n’est pas exclue. Cela arrive: «Nous avons cinq cas de suicide avérés sur les 25 dernières années», précise Ronan Hubert. Comme le 21 août 1994, lorsqu’un vol de la compagnie Royal Air Maroc s’est écrasé dans les montagnes de l'Atlas, à la suite d'une manœuvre du pilote, provoquant la mort de 44 personnes. Mais cela ne s’est jamais produit avec une compagnie occidentale. «En Europe, les pilotes disposent de bonnes conditions de travail, pilotent des avions fiables… Ce serait très surprenant», estime Ronan Hubert.

Piste n°6: La dépressurisation explosive

La carlingue qui se fissure ou encore un hublot qui n’est plus étanche et soudain, l’air extérieur, non pressurisé, s’engouffre à l’intérieur de l’avion. «Immédiatement, l’avion explose», explique Ronan Hubert. Or, si le vol 4U9525 avait explosé, les débris seraient éparpillés sur un périmètre de 250 km2, comme cela a été le cas lors du crash du vol MH17 de Malaysia Airlines en Ukraine. Dans le cas présent, les débris sont au contraire rassemblés dans une zone assez réduite. Cette piste n’est donc pas possible.

Piste n°7: La collision en vol

«L’avion n’a pas pu heurter un oiseau puisqu’il n’y en a pas à cette altitude. Et s’il avait frappé un autre objet volant, il serait parti en vrille, ce qui n’est pas le cas puisque sa trajectoire est régulière», détaille Ronan Hubert.

Piste n°8: Les aléas météorologiques

Météo France est formelle: au moment de l'accident, la «situation était plutôt calme en altitude» et «il n'y avait pas de nuage à l'altitude de croisière de l'avion». «Les vents, de secteur sud-ouest, étaient faibles à modérés» et il n'y avait pas de «turbulences» au niveau du vol de l'appareil, ce qui exclut donc cette piste.