Crash de l'A320: Pour identifier les victimes, «il va falloir passer directement à l’analyse génétique»

ACCIDENT Le médecin légiste Michel Sapanet estime qu'il faudra environ un mois pour identifier les corps...

Propos recueillis par Thibaut Le Gal

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Photo des lieux du crash de l'A320 de Germanwings dans les Alpes, le 25 mars 2015.
Photo des lieux du crash de l'A320 de Germanwings dans les Alpes, le 25 mars 2015. — F. Balsamo - Gendarmerie nationale

Le crash de l’A320 de la compagnie allemande Germanwings dans les Alpes françaises a fait 150 morts mardi. Les médecins légistes sont en ce moment sur le lieu du drame pour tenter d’identifier les corps. Un travail difficile, en raison des difficultés d’accès et de la brutalité du choc, juge Michel Sapanet, directeur de l'Institut de Médecine Légale de Poitou-Charentes et auteur des Nouvelles chroniques d'un médecin légiste.

Quelle est la principale difficulté pour identifier des corps? 

Généralement, dans les accidents d’avion, on trouve des carlingues disloquées, mais ici la situation est particulière. Il est assez rare de voir une percussion directe au sol avec un phénomène d’accélération si importante. Cela rappelle l'avion Air Algérie qui s’était écrasé au Mali. Le choc est extrêmement brutal, l’avion est réduit en morceaux. Cela donne une idée de l’état des corps. Des corps en morceaux. Des fragments qui ne sont, en volume, pas plus grands qu’un attaché-case.

Comment vont se dérouler les recherches?

Quatre hectares en montagne, c’est une surface énorme. Le quadrillage du terrain est la seule solution. La reconnaissance du site va devoir se faire m2 par m2 avec un plan, à l’image des techniques utilisées en archéologie. Première partie du travail: ramasser tous les fragments de corps possibles.

L’ensemble sera ensuite transporté dans un institut de médecine légale pour authentification. D’habitude, pour identifier un corps, on utilise l’aspect, l’âge, le sexe, les vêtements, bijoux, prothèses dentaires, de hanches, pacemakers, etc. Là, tout est réduit en morceaux. Il va donc falloir passer directement à l’analyse génétique. Dans les accidents d’avion, la liste de contrôle des embarquements facilite la tâche. Les équipes vont devoir se rendre au domicile pour récupérer de l’ADN sur les brosses à cheveux, les brosses à dents ou réaliser des prélèvements buccaux sur les membres de la famille.

Combien de temps va prendre l’identification?

Le traitement des données est relativement long. L’ADN prélevé en grattant la face interne de la joue est facile à exploiter. Mais là, les laboratoires vont être confrontés à des fragments sur lesquels l’ADN est plus ou moins pur. De plus, il y a une information de masse à traiter, 150 dossiers. Il faudra attendre environ un mois pour obtenir des résultats. Les conditions météorologiques pourraient aussi compliquer la mission des médecins légistes. La pluie ou la neige pourraient entraîner un terrain glissant et ralentir les techniques de recherche. En revanche, lors du crash au Mali, la température avait entraîné une putréfaction des morceaux de corps et une dégradation de l’ADN. Il n’y aura pas de problème de chaleur ici.

Les animaux sauvages peuvent-ils influer sur la recherche?

Les prédateurs, ou charognards, comme le loup, le renard ou certains rongeurs, peuvent être attirés par l'odeur et s’attaquer aux cadavres. Mais il y a déjà beaucoup du monde sur le site. L’animal sauvage a quand même tendance à fuir l’espèce humaine. Je ne crois pas qu’il y ait de problèmes de ce point de vue.