Les familles des victimes du crash de l'A320 sont accueillies à la salle des sports de Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence).
Les familles des victimes du crash de l'A320 sont accueillies à la salle des sports de Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence). — Jeremy Bycz/SIPA

ACCIDENT

Crash de l'A320: Comment les familles des victimes sont-elles prises en charge?

Des cellules d'urgence médico-psychologique ont été installées à proximité du lieu du crash...

Des familles plongées dans le drame. Digne-les-Bains et Seyne-les-Alpes (Alpes-de-Haute-Provence) s’apprêtent à accueillir les proches des 150 victimes de l’accident de l’Airbus A320 de Germanwings, survenu mardi dans le sud des Alpes. «En cas de catastrophe, le lieu du drame fait l’effet d’un aimant. Les proches ont besoin de voir la scène pour reconstituer les images, se rapprocher des leurs, et voir les personnes au travail», indique à 20 Minutes Stéphane Gicquel, de la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac).

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Pour répondre à la douleur, des cellules d'urgence médico-psychologique ont été installées. «Les familles veulent être rassurées. Comprendre que le processus va être long et complexe, mais qu’elles seront accompagnées», poursuit-il.

Les arrivants sont pris en charge une petite salle des sports par une trentaine de psychologues. Sur huit grandes tables installées, trônent des barres de céréales, des petits cakes, des jus de fruits, du café, du thé. «L’état de choc peut provoquer différents troubles. Boire et manger font partie du maintien du bon équilibre du corps. Cela permet de mieux supporter la peine, la douleur que l’on peut ressentir», explique Eric Criscuolo, directeur départemental de la protection civile des Alpes-Maritimes.

«Les signes de solidarité comptent beaucoup»

Autre besoin, l'écoute. «Lors d’un crash, on parle beaucoup de technique, mais il ne faut surtout pas oublier la dimension humaine. Parler n’effacera pas la douleur, mais les signes de solidarité comptent beaucoup dans ce genre de situation», développe Stéphane Gicquel. Trouver les mots pour éviter l’isolement et l'état de stress post-traumatique.

«Mettre des mots, c'est être acteur de quelque chose, cela aide à ritualiser, à commencer à faire ce chemin du deuil», précisent à l'AFP Sylvie Lagier et Claudine Ansieau. Les deux membres de la cellule d'urgence médico-psychologique (CUMP) pourront accompagner les proches qui le souhaitent au petit village du Vernet pour voir, à distance, la montagne du drame. «Voir le lieu, cela a aussi valeur de rituel. C'est mettre une image sur les choses, et voir la dernière image que leurs proches ont peut-être vue», ajoutent-elles.

Le doute et l’attente, «des épreuves dans l'épreuve»

La principale préoccupation des familles est l’identification des corps. «Elles vont se demander quand et comment elles pourront les récupérer, et surtout, dans quel état», assure Stéphane Gicquel, qui relève un gros point noir: «La liste des passagers n’est pas entièrement connue, 24 heures après les faits. Le doute et l’attente sont des épreuves dans l’épreuve».

A la «vulnérabilité affective» peut aussi rapidement s’ajouter une précarité matérielle, développe-t-il. «C'est pourquoi la convention internationale de Montréal (1999) oblige l’assurance de la compagnie aérienne à indemniser les familles dans les 15 jours autour de 18.000 euros».

«Prévoir des relèves pour éviter le vide»

L’accompagnement va s’inscrire dans la durée. «Une bonne solution pour la compagnie serait de désigner un référent, un point de contact pour plusieurs mois ou plusieurs années en cas de besoin des familles».

Autre difficulté, la langue. Les équipes de psychologues seront assistées d'interprètes, recrutés en urgence principalement dans les collèges et lycées de la région. Eric Criscuolo a déjà envoyé 6 secouristes «socio-psy» capables de parler anglais, italien ou allemand. «C’est une aide sur le long terme. Les bénévoles envoyés ont une activité professionnelle. Nous allons prévoir des relèves pour éviter le vide».