Crash de l'A320: La boîte noire livrera-t-elle tous ses secrets?

DECRYPTAGE «20 Minutes» passe en revue ce que les enquêteurs peuvent attendre de l'enregistreur retrouvé sur les lieux du drame...

C.B. avec V.V. (avec AFP)

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Un hélicoptère de secours décolle de Seyne-les-Alpes pour survoler le lieu de crash de l'Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings
Un hélicoptère de secours décolle de Seyne-les-Alpes pour survoler le lieu de crash de l'Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings — Alberto Estevez/EFE/SIPA

Elle a déjà été retrouvée. Mardi, quelques heures seulement après le crash de l'Airbus A320 de la compagnie allemande Germanwings, les enquêteurs ont mis la main sur l’une des deux boîtes noires de l’appareil. Cet enregistreur va-t-il livrer tous ses secrets et permettre aux professionnels mais aussi aux proches des 150 personnes décédées dans l’accident d’obtenir des réponses? 20 Minutes fait le point.

A quoi servent les boîtes noires?

Ces enregistreurs ont été introduits dans l'aviation à partir des années 1960. Ils sont placés à l'intérieur de boîtes métalliques extrêmement solides, conçues pour résister à des chocs violents, à des feux intenses et à de longues immersions en eau profonde. Par exemple, les boîtes noires du vol Air France AF447 Rio-Paris, qui s’était abîmé dans l'Océan atlantique en 2009, ont été retrouvées 23 mois après le crash, à 3.900 mètres de profondeur. Mais toutes les données contenues dans les enregistreurs ont pu être récupérées et ont permis d’établir les circonstances de l’accident. Au final, les boîtes noires permettent d’élucider près de 90% des accidents.

Comment fonctionnent-elles?

Les premiers enregistreurs de vol consignaient leurs données sur du papier photographique protégé dans une enceinte noire, d'où l'expression de «boîte noire». Mais en fait, les deux boîtes sont de couleur orange avec des bandes blanches réfléchissantes, afin de les retrouver plus facilement. Un avion possède deux boîtes noires, qui pèsent sept à dix kilos chacune. La première, appelée FDR (Flight Data Recorder), enregistre seconde par seconde tous les paramètres sur une durée de 25 heures de vol (vitesse, altitude, etc.). La seconde, nommée CVR (Cockpit Voice Recorder) ou enregistreur de vol «phonique», conserve les conversations, mais aussi les sons et annonces entendus dans la cabine de pilotage.

Quelle boîte noire a été retrouvée par les enquêteurs?

L’enregistreur de vol phonique. Il a été retrouvé mardi et est arrivé à Paris mercredi matin. Cette boîte «est située à l’avant de l’appareil», explique à 20 Minutes Christophe Naudin, spécialiste de la sûreté aérienne. «Pour ce type de crash, c’est la boîte noire la plus importante», poursuit l'expert. Les enquêteurs cherchent à présent à mettre la main sur la seconde boîte noire, qui est située à l’arrière de l’appareil car seule l'exploitation des deux enregistreurs permettra de comprendre avec certitude les circonstances exactes de l'accident.

Qui va analyser la boîte noire?

La France, et plus particulièrement le Bureau d'enquêtes et d'analyses (BEA). Ses équipes cherchent dès à présent à reconstituer le CVR qui a été particulièrement endommagé dans le crash, mais qui semble être exploitable. D’après Christophe Naudin, «les boîtes sont faites pour résister à une accélération de 4.000 G. Si on la lâche de 10.000 mètres d’altitude, on doit normalement toujours pouvoir en tirer quelque chose.» «On saura dans la journée quel est le degré possible d'exploitation de cette boîte noire», a précisé la ministre Ségolène Royal.

Quand aurons-nous les résultats?

La durée pour décrypter une boîte noire est très variable selon son état. Dans le cas de l'accident du Rio-Paris, il avait fallu 48 heures aux enquêteurs du BEA. Dans celui de l'accident de la Yemenia au large des Comores en 2009, deux semaines avaient été nécessaires, les données ayant été endommagées. S'il y a des voix, ces résultats seront analysés «assez rapidement», assure Alain Vidalies, secrétaire d'Etat en charge des Transports. Avant d’ajouter: «Ensuite, s'il s'agit d'analyser les sons (...), c'est un travail de plusieurs semaines, voire plusieurs mois».