Au salon Joséphine, les femmes au chômage retrouvent un look et la confiance

REPORTAGE Alors que les chiffres du chômage seront dévoilés mercredi, «20 Minutes» s'est rendu dans un salon de beauté social...

Delphine Bancaud

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Au salon de Beauté Josephine, Mehdi, coiffeur, coiffe une jeune femme qui est dans une démarche de réinsertion. Lancer le diaporama
Au salon de Beauté Josephine, Mehdi, coiffeur, coiffe une jeune femme qui est dans une démarche de réinsertion. —

Un moment de détente pour Cathy. Ce matin, cette quadra souriante s’offre une couleur et un soin du visage. Une scène de la vie quotidienne qui semble banale, mais qui ne l’est pourtant pas. Car Cathy est à la recherche d’un emploi depuis deux ans et le salon de beauté qu’elle fréquente est un peu particulier. Piloté par l'association Joséphine, il accueille des femmes démunies de tous âges. Coiffure, maquillage, soin des mains, épilation, soins dermatologiques ou conseil en image... Tout est possible, moyennant 1 à 3 €, selon les prestations. Le salon, situé dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, propose aussi des ateliers avec un coach emploi, des cours de sophrologie, des entretiens avec un psychologue... Tout ça grâce au concours de professionnels bénévoles.

Les femmes, toutes à la recherche d’un emploi, sont adressées à l’association par des assistantes sociales, des missions locales ou Pôle emploi. «Elles ont souvent perdu confiance en elles après une rupture professionnelle et ont besoin de se sentir valorisées à nouveau», explique Jadwiga Frassoni, la coordinatrice du salon. «Celles qui viennent ici ont besoin qu’on les écoute. La perte de leur emploi a été une cassure dans leur vie et nous essayons de leur redonner confiance pour qu’elles remontent à la surface», ajoute Anne, la psychologue.

«Un peu de paillettes, ça fait toujours du bien au moral»

«Ça fait trois fois que je viens pour être coiffée. Le fait de prendre à nouveau soin de moi me permet d’aller mieux et me rebooste dans ma recherche d’emploi», témoigne Cathy. A ses côtés, Suzanne, qui est en train de relancer son activité de formatrice après une longue pause professionnelle, confie sa chevelure à Medhi, le coiffeur de l’association. «Je voudrais bien une coupe qui ressemble à ça», lui dit-elle en lui tendant une photo. «Après, j’aimerais une manucure et recevoir des conseils pour me maquiller», poursuit-elle. «On est là pour faire rêver ces femmes et leur faire passer un bon moment. Un peu de paillettes, ça fait toujours du bien au moral», commente Mehdi.

Après sa séance coiffure, Suzanne a rendez-vous dans le dressing avec Zaïna, la conseillère en image. «Vous avez une belle silhouette, je vous conseille donc de porter des vêtements qui marquent votre taille. Comme cette robe trois quarts, ce trench…», explique-t-elle, en dévoilant les tenues que Suzanne pourrait porter lors d’un entretien professionnel. «J’adapte mes conseils au secteur d’activité visé et je mets toujours les femmes devant un miroir pour qu’elles prennent conscience de leurs atouts», explique Zaïna. Et lorsque les demandeuses d’emploi décrochent un entretien d’embauche, elle leur prête souvent des vêtements, tous donnés par des marques à l’association.

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«Je redeviens une femme»

Et petit à petit, Joséphine aide les femmes à se reconstruire, comme en témoigne Nadia, 36 ans, qui sort de son rendez-vous avec la psychologue. La jeune femme qui alterne les petits boulots, fréquente le salon depuis bientôt un an: «Ici, tout le monde est bienveillant. On ne se sent pas jugé. Les conseils du coach emploi, comme les entretiens avec le psy me sont aussi utiles que les soins esthétiques. Je reprends confiance en moi et je redeviens une femme», confie-t-elle.

Mais malgré cette bienveillance à leur égard, certaines femmes n'honorent pas leurs rendez-vous chez Joséphine. «Ce n'est pas facile d'accepter d’être aidé», commente Mehdi. Pourtant le jeu en vaut la chandelle selon lui: «Beaucoup de clientes me disent en sortant du salon: "Enfin, je peux me regarder dans un miroir".» Le début de la fin d’un long calvaire personnel et professionnel pour nombre d’entre elles.