Séniors: La qualité des repas n’est pas au menu des maisons de retraite

SANTE L’UFC-Que Choisir alerte sur la dénutrition et la malnutrition dans les EHPAD…

Oihana Gabriel

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Illustration repas dans une maison de retraite.
Illustration repas dans une maison de retraite. — V. WARTNER / 20 MINUTES

Les recommandations existent, mais ne sont visiblement pas respectées. Plats industriels, personnel débordé, diners trop tôt, suivi inadapté… L’association de consommateurs UFC-Que Choisir publie ce mardi une enquête au vitriol sur l’alimentation dans les Etablissements d'Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes (EHPAD). Objectif: que le projet de Loi de Santé Publique s’empare de ce problème.  

«Un océan d’indifférence de la part des pouvoirs publics»

«Cet enjeu de santé publique qui se développe dans un océan d’indifférence de la part des pouvoirs publics, c’est la dénutrition, qui amène des problèmes de santé: déficits immunitaires, escarres, infections, chutes et enfin risque de mortalité multiplié jusqu’à 8, souligne Alain Bazot, président de l’association. Entre 15 et 38% des résidents des EHPAD sont dénutris.»

Horaires, qualité, suivi

L’association s’est donc penchée sur les menus proposés dans 88 EHPAD à laquelle s’est ajouté un sondage auprès des résidents de 43 autres établissements. Selon cet état des lieux, des carences alimentaires sont multiples et la qualité alimentaire bat en retraite.

Gisèle Kesler, vice-présidente de l’UFC-Que Choisir  parle de «résultats désolants. Les horaires ne sont pas respectés: durée trop courte, dîner trop tôt... L’intérêt des séniors est trop souvent sacrifié au profit du rythme du personnel.» En effet, à 18h15, beaucoup de personnes âgées n’ont pas faim… et jeûnent pendant plus de douze heures.

Olivier Andrault, chargé de mission pour l’association, critique, lui, la qualité nutritionnelle qui pâtit de considérations économiques. Sur 88 établissements, aucun ne respecte l’ensemble des recommandations. Avec un manque de poisson, viande non hachée et fruits. «Sur les protéines, il y a des économies à tous les niveaux», tacle ce dernier. Selon l’étude, 22% des établissements ont souvent recours à des plats préparés industriels : nuggets, cordon bleu... «Le budget consacré à l’achat des aliments (entre 330 euros et 400 euros) n’est pas suffisant, assure le chargé de mission de l’association. Selon plusieurs études, il faudrait mettre au moins 1,70 euro par repas.»

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Alerter les familles

Côté suivi, même constat d’insuffisance: 19% des établissements ne font pas la pesée mensuelle recommandée. Pour autant, les résidents sondés se disent plutôt satisfaits: 90% des personnes interrogées considèrent que le personnel est attentionné et 80% que l’alimentation est bonne. En revanche, les maisons de retraite peuvent mieux faire pour la convivialité. Dans 43% des EHPAD étudiées, les repas sont servis dans les chambres.

Alain Bazot souligne l’ampleur du problème «à la différence des cantines scolaires ou professionnelles, les résidents ne peuvent pas se rattraper lors des repas chez eux». C’est pourquoi l’association demande au législateur «un cadre réglementaire précis avec des dispositions spécifiques pour les EHPAD.» Avec trois impératifs: le principe de l’équilibre alimentaire, les intervalles horaires entre les repas, un coût minimum pour les achats alimentaires. Autre exigence: intégrer dans le budget soin l’appui d’un diététicien qui aujourd’hui ne vient qu’une fois par an dans certains EHPAD. Dernier point: un contrôle annuel. L’UFC Que-Choisir a déjà contacté des parlementaires susceptibles de porter cette ambition.

Mais l’association espère aussi sensibiliser les familles avec cette enquête. Et Alain Bazot de conclure: «On se rend compte que l’alimentation n’est pas un critère de choix de l’EHPAD pour les proches des résidents».