Saint-Denis: Des agents de sécurité en formation pour répondre à la demande

REPORTAGE 20 Minutes s'est rendu dans un centre de formation d'agents de sécurité, très actifs depuis les attentats de janvier...

Thibaut Le Gal

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Olivier dans un exercice pratique d'agent de sécurité. Saint-Denis, le 20 mars 2015.
Olivier dans un exercice pratique d'agent de sécurité. Saint-Denis, le 20 mars 2015. — TLG/20Minutes

Les gestes sont encore un peu fébriles. Concentré, Olivier s’assure que tous les outils du poste de contrôle de sécurité fonctionnent, allume les caméras de surveillance, prend son talkie-walkie en main. «On a une réunion VIP. Il va falloir assurer la protection. Ne négligez rien. En cas de problème, passez sur le canal 1».

A quelques mètres de là, Bachir et Christophe passent au peigne fin les couloirs. «Agent à PCS, souci d’éclairage, demande réparation». Tout paraît vrai, mais les trois hommes effectuent un exercice pratique.

Bachir et Christophe dans un exercice pratique - TLG

«Toujours éviter le conflit»

Le trio suit la formation «Agent de prévention et de sécurité» (APS) de Thésée Formation à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Dans le coin, Camara Koné observe en silence, avec les 7 autres élèves, les faits et gestes des trois agents du jour. «Je leur ai confié une mission. Ils commencent à s’habituer aux outils du poste de contrôle. Des contraintes vont s’imposer. On va voir comment ils s’adaptent, comment ils communiquent entre eux», indique le formateur.

«Il va essayer de nous piéger», s'amuse Olivier. Très vite, en effet, les soucis arrivent: un homme fait irruption dans la salle VIP. Bachir tente de l’en sortir. «Ne me touche pas, je ne sors pas!», réplique l'homme. «Dans ce métier, rien n’est figé. Il faut pouvoir s’adapter à la situation», lance Camara Koné lors du débriefing. «Gardez en tête qu’il faut toujours éviter le conflit. On vouvoie toujours la personne», ajoute-t-il.

«Les entreprises recrutent à tour de bras»

La formation dure 4 semaines. 140 heures d’exercices pratiques et théoriques. «Les personnes arrivent parfois sans aucune connaissance du métier. On leur apprend la déontologie, leurs droits et devoirs. S’ils doivent entreprendre une action, celle-ci doit être dictée par la loi», confie Camara Koné.

Camara Koné, formateur d'agents de sécurité. - T.L.G.

 A la fin du mois, un examen valide la formation. Mais la sélection se fait en amont, lors de l’inscription. «Depuis les attentats de janvier, les entreprises recrutent à tour de bras», reconnaît Jérôme Lagneaux, directeur Exploitation de Thésée Formation. «Mais il y a aujourd’hui plus d’exigence dans le choix des candidats. Ils doivent recevoir une autorisation préalable du CNAPS (Conseil national des activités privées de sécurité)».

Les menaces terroristes, «ça fait peur»

Les profils, eux, restent variés.  Bachir, 22 ans paye sa formation avec l'argent accumulé de petits boulots. «Je suis arrivé d’Algérie il y a deux ans. C’est un métier qui a l'air intéressant et surtout, qui embauche». Assis à côté de lui, Christophe. A 44 ans, l’ancien cariste en métallurgie est en reconversion. Licenciement oblige. «Les usines, je veux plus…», lâche-t-il. «Je veux être dehors, voir du monde. Mon conseiller m’a parlé de la sûreté aéroportuaire, je connaissais pas du tout. Finalement ça a été très intéressant».

Christophe a passé son diplôme en janvier, et le complète maintenant avec celui d'APS. «Je suis arrivé peu après Charlie, on en a beaucoup parlé, bien sûr...» Parce qu’ils travaillent dans des lieux très fréquentés, les agents de sécurité sont au centre des menaces terroristes. «Ça fait peur. D’autant qu’on n’a pas les mêmes moyens que les policiers pour se défendre», confie Olivier. «Le métier a changé. On va devoir faire plus attention qu’avant. Je vais regarder là où ils vont m’envoyer une fois le diplôme obtenu… Et ma femme encore plus», sourit l’ancien agent sinophile.