Fin de vie: Un vote aussi attendu que prévisible à l'Assemblée

SANTE Le texte sur l'endormissement de malades en phase terminale fait relativement consensus...

N.Beu. avec AFP
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Assemblée nationale. (Illustration)
Assemblée nationale. (Illustration) — LCHAM/SIPA

Dix ans après la loi Leonetti, l'Assemblée fait un nouveau pas vers l'euthanasie. Ce mardi, les députés devraient se faire l'écho, par un vote relativement consensuel, du souhait quasi-unanime des Français d'autoriser l'endormissement de malades en phase terminale, lorsque leurs souffrances ne peuvent être apaisées.

L'Assemblée se prononce en première lecture, après deux jours de débats la semaine dernière, sur la proposition de loi d'Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP) prévoyant le recours dans certains cas à une «sédation profonde et continue» de malades en fin de vie, et rendant contraignantes les «directives anticipées» que chacun peut écrire pour refuser l'acharnement thérapeutique. «Dormir avant de mourir pour ne pas souffrir»: Jean Leonetti, déjà auteur de la loi de 2005 contre l'acharnement thérapeutique, résume ainsi cette proposition de loi qui consacre une des promesses de campagne de François Hollande. Celui-ci s'était engagé à permettre à des malades atteints d'une maladie incurable, «provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable» de «bénéficier d'une assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité».

Des voix discordantes

Une sédation à laquelle 96% des Français se déclarent favorables lorsque le patient le décide, selon un sondage BVA-Orange-iTELE publié dimanche. Le pourcentage baisse légèrement à 88% dans le cas, également prévue par la proposition de loi, où la sédation serait réalisée sur décision de l'équipe médicale lorsque le patient ne peut exprimer sa volonté. Un peu moins massivement, mais très majoritairement aussi, les Français seraient prêts à aller plus loin que le texte, en se prononçant à 80% pour une loi légalisant l'euthanasie.

Mais les deux auteurs de la proposition de loi, comme la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, se sont obstinément durant la discussion parlementaire à aller dans ce sens, faisant repousser -à une assez faible majorité- des amendements d'une partie des socialistes, des écologistes et des radicaux de gauche autorisant dans certains «une assistance médicalisée à mourir». De ce fait, certains auteurs de ces amendements, comme le socialiste Jean-Louis Touraine, qui juge la proposition de loi «frustrante tant elle est frileuse, timorée», l'écologiste Véronique Massonneau et des radicaux de gauche s'abstiendront lors du vote de mardi.

A l'inverse, selon le président du groupe UMP, Christian Jacob, on devrait compter à droite quelques votes contre et 10 à 20 abstentions. Ces élus de l'Entente parlementaire pour la famille, relayant les réticences des représentants des religions, estiment, comme le démocrate-chrétien Jean-Frédéric Poisson, que «les risques de dérive euthanasique sont toujours présents». Ces voix discordantes de part et d'autre ne devraient pas empêcher une très large majorité des deux principaux groupes de l'Assemblée, socialiste et UMP, comme l'UDI et le Front de gauche, de voter pour le texte. Celui-ci partira ensuite au Sénat.