Attaques terroristes à Paris: Deux mois après, où en est l'enquête?

POLICE Un volet de l'enquête, celui sur Amédy Coulibaly, avance plus rapidement que celui sur les frères Kouachi...

20 Minutes avec AFP

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Capture d'écran d'une vidéo postée le 11 janvier 2015 sur les réseaux sociaux islamistes d'un homme se présentant comme Amedy Coulibaly
Capture d'écran d'une vidéo postée le 11 janvier 2015 sur les réseaux sociaux islamistes d'un homme se présentant comme Amedy Coulibaly — - Internet

Près de deux mois après les attaques terroristes de Paris qui ont fait 17 morts, l'enquête a permis de lever le voile sur Amédy Coulibaly, auteur de l'attaque de l'Hyper cacher, beaucoup sur les frères Kouachi qui ont décimé la rédaction de Charlie Hebdo. Au total, ces dernières semaines, six proches de Coulibaly ont été mis en examen, notamment pour avoir fourni armes, véhicules et matériel au tueur de l'Hyper Cacher. Le point sur l'enquête.

Quels liens avec les frères Kouachi?

Lorsque très rapidement après la tuerie de Charlie Hebdo le nom des frères Kouachi  est sortie, l'enquête sur leur entourage apporte celui de Coulibaly, délinquant radicalisé que Chérif Kouachi avait croisé en prison. Ils partagent le même mentor, Djamel Beghal, figure de l'islamisme le plus radical. Des analyses ADN et les dépositions de témoins de l'assassinat d'une policière municipale à Montrouge le 8 janvier, notamment un homme à qui Coulibaly a tenté de voler la voiture, confortent l'information.

Dans une vidéo de revendication filmée dans l'«appartement conspiratif» loué à Gentilly commedans ses déclarations aux otages de l'Hyper Cacher, Coulibaly explique agir en lien avec les frères. «On a fait les choses un petit peu ensemble pour que ça ait le plus d’impact», expliquait-il. Au premier semestre 2014, les échanges sont nombreux entre les téléphones des compagnes de Chérif Kouachi et de Coulibaly.

La logistique avant les crimes

Dans la nuit du 1er au 2 janvier, Coulibaly conduit sa compagne Hayat Boumeddiene à la frontière avec l'Espagne d'où cette jeune femme s'envole vers la Syrie via la Turquie, en compagnie d'autres islamistes, comme les frères Belhoucine. Connaissaient-ils les projets terroristes de Coulibaly?  En tout cas, Amédy Coulibaly les a alors en tête: le 26 décembre, il a loué sur internet l'appartement de Gentilly, du 4 au 11 janvier. Le 5, sa mère, à qui Coulibaly rend visite chaque semaine à Grigny, ne note rien d'anormal. Il passe une partie de la journée et du lendemain avec un homme qui sera un des six mis en examen, lui prodigue des conseils religieux. Le 6, après un échange téléphonique, Coulibaly semble rendre visite à Chérif Kouachi à Gennevilliers. Le 7 en milieu de matinée, une heure avant d'attaquer Charlie Hebdo, Kouachi envoie un SMS à Coulibaly.

Les motivations

Dans sa vidéo diffusée après sa mort, il a fait allégeance à l'organisation Etat islamique mais à l'Hyper Cacher, Coulibaly évoque aussi Al-Qaida, selon une source proche de l'enquête. Se présentant en «soldat de Dieu» dans un discours «extrêmement confus», il parle de la Syrie, du Mali, explique qu'avec leurs impôts, les civils cautionnent les actions du gouvernement contre les musulmans. Son antisémitisme est patent, d'après des propos rapportés par un otage aux enquêteurs: «Vous êtes de quelle origine? Juifs. Vous savez pourquoi je suis là alors!»

La préparation

Par certains aspects, elle semble minutieuse. Il utilise 13 portables, crypte ses échanges sur le net, utilise une «boîte mail morte»: les deux interlocuteurs disposent de codes régulièrement modifiés, consultent des messages mis en brouillon avant de les détruire sans les envoyer. Le choix des cibles semble moins préparé: la policière de Montrouge a peut-être été une victime fortuite. La proximité d'une école juive a été relevée sans qu'il soit établi qu'elle aurait pu être une cible. Pour l'Hyper Cacher le 9 janvier, aucun élément ne vient pour le moment étayer la thèse d'un repérage antérieur.

Complices

Six membres de l'entourage délinquant de Coulibaly, sont en prison, soupçonnés d'avoir fourni armes, véhicules ou matériel. Pour l'instant, aucun élément ne permet d'affirmer qu'ils étaient au courant des projets terroristes de Coulibaly. Certains reconnaissent avoir eu conscience que Coulibaly préparait quelque chose d'illégal, mais ont expliqué avoir pensé à un «Go Fast», une séquestration ou un braquage. Mais pourquoi l'un a-t-il coupé tout contact téléphonique avec Coulibaly dès le 7, après l'attaque de Charlie Hebdo? Qu'a dit Coulibaly à un autre lors de leurs rencontres et nombreux échanges peu avant les attentats?

Et le dossier des complicités n'est pas clos. Qui est ce correspondant de la  boîte mail morte» avec qui Coulibaly a eu un ultime échange en fin d'après-midi le 8 janvier, entre l'assassinat de Montrouge et l'attaque de l'Hyper Cacher? A qui appartient l'ADN sur le drapeau de l'Etat islamique dans l'appartement de Gentilly, identique à celui relevé dans l'appartement d'un des frères Belhoucine? Qui est ce «mec gros», aux «cheveux courts, mat de peau», «un peu de barbe, environ 30 ans», décrit par deux fournisseurs de Coulibaly?

Une piste belge?

Coulibaly entretenait des liens avec la pègre des environs de Charleroi: les enquêteurs s'interrogent sur trois hommes qui pourraient avoir joué un rôle dans la fourniture d'armes.