Chiens guides d’aveugles: «Me laisser entrer n’est pas une bonne action, c’est normal»

INTERVIEW A l’occasion du lancement, ce jeudi, de la campagne de sensibilisation «Partout avec mon chien guide», une non-voyante témoigne…

Propos recueillis par Nicolas Bégasse

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Illustration: un chien guide d'aveugle en France en décembre 2014.
Illustration: un chien guide d'aveugle en France en décembre 2014. — PHILIPPE HUGUEN / AFP

A la piscine, au restaurant, dans les transports, les chiens guides d’aveugles et leurs maîtres sont encore trop souvent victimes de discrimination. A l’occasion du lancement ce jeudi de la campagne «Partout avec mon chien guide», 20 Minutes a demandé à Delphine Harmel, non-voyante depuis une vingtaine d’années, d’apporter son témoignage.

A quel point le chien guide apporte-t-il un plus par rapport à la canne blanche?

La canne, comme le chien guide, est un moyen de se déplacer en toute sécurité. Mais à la différence du chien, elle vous fait rencontrer tous les obstacles – véhicules mal garés, terrasses de café, poubelles sur le trottoir... Et à chaque fois, on doit mettre en place toute une stratégie de contournement. Le chien, c’est magique, il anticipe l’obstacle et repère le contournement le plus pratique. Les obstacles disparaissent complètement. C’est merveilleux et moins fatigant, on n’a plus les micro-stress qui apparaissent, en l’absence de chien, à chaque obstacle.

La première fois qu’on sort sans canne et avec un chien, c’est comment?

J’employais le mot «magique» mais, au début, ça ne l’est pas du tout, c’est même terrifiant de placer toute sa confiance entre les pattes d’un animal qu’on connaît à peine. Pour mon premier chien guide, on m’a dit qu’il y avait un temps d’adaptation pouvant aller jusqu’à six mois! J’ai tenu bon et je ne le regrette pas. Après mon premier chien j’en ai pris un deuxième, puis un troisième - mon chien actuel, qui est formidable.

Peut-on se rendre partout facilement avec son chien guide?

Hélas non, d’où le bien-fondé de cette campagne d’information. Parfois, je rencontre des difficultés tout simplement car les gens ne connaissent pas la loi, et même si on la leur indique, ils ont dans l’idée que la loi de leur magasin ou de leur établissement est au-dessus. Il y a aussi ceux qui disent «d’accord, exceptionnellement vous pouvez entrer», comme s’ils me faisaient une faveur parce que ma tête ou celle de mon chien leur revient. C’est insupportable: on a une vraie légitimité à être là, moi et tous ceux qui ont un chien d’aveugle ou d’assistance. Qu’on me laisse entrer, ce n’est pas une bonne action, c’est normal.

Où avez-vous déjà rencontré des difficultés d'accès?

Les taxis, les lieux d’hébergement - et notamment les chambres d’hôtes où les gens sont chez eux - peuvent poser problème. Mais pas seulement: j’ai l’exemple d’un médecin qui m’a demandé de prendre rendez-vous plutôt en fin de journée pour ne pas gêner les autres patients, ou d’un restaurant où on m’a laissée m’installer tant que les autres clients ne se plaignaient pas. Quand on a un chien d’aveugle, on ne veut pas être traité comme quelqu’un à qui on ne fait que consentir à ouvrir ses portes.