Réforme du collège: «Les problèmes observés existent déjà dans le primaire»

INTERVIEW La ministre de l'Education nationale a qualifié le collège de «point noir» de la scolarité. La sociologue Agnès Van Zanten en dresse un constat plus nuancé...

Propos recueillis par Laure Cometti

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Un enseignant dans un collège de la région parisienne.
Un enseignant dans un collège de la région parisienne. — CHAMUSSY/SIPA

L'état des lieux du collège dressé par Najat Vallaud-Belkacem, qui a présenté mercredi les grands axes de sa réforme, est sévère. Le collège serait le «maillon faible du système scolaire», un «point noir» où les inégalités scolaires se creusent. En effet, si 12% des élèves de 6e ne maîtrisent pas le socle fondamental, c’est le cas d’un élève sur quatre à la sortie du collège.

Pour la sociologue Agnès Van Zanten, la mixité sociale et scolaire dans les établissements et la continuité entre les programmes sont deux facteurs-clés. La directrice de recherche au CNRS et spécialiste des questions d’éducation décrypte pour 20 Minutes le casse-tête de la réforme du collège.

Partagez-vous le constat de la ministre de l’Education nationale qui qualifie le collège de «point noir du système scolaire»?

Il ne faut pas caricaturer la situation en opposant une école primaire soi-disant idyllique à un collège catastrophique. Les problèmes observés dans le secondaire existent déjà au primaire, ils sont simplement moins visibles. En effet, l’échec scolaire y est moins spectaculaire: les élèves sont moins confrontés aux systèmes d’orientation et d’évaluation et les questions d’indiscipline sont moins fréquentes.

Pourquoi les difficultés scolaires s’accentuent-elles au collège?

Deux phénomènes se conjuguent. L’entrée dans l’âge adolescent est une étape cruciale pour les élèves. Avec les filières spécialisées et les choix d’orientation, l’échec scolaire prend de nouvelles proportions car le collégien est amené à prendre des décisions engageant son avenir. Le collège contribue à accentuer ces perturbations par son organisation même. La transition est brutale et difficile pour l'élève qui doit s'adapter à un système de pluralité des enseignants et un programme qui est celui d’un «petit lycée», en rupture avec le primaire.

Quel est l'impact des inégalités sociales et scolaires?

Les ségrégations ethnique, sociale ou raciale aboutissent à la concentration d’élèves en difficulté dans certains établissements. C’est d’autant plus regrettable que de nombreux travaux montrent que les transferts entre élèves sont très importants à cet âge, car il y a des phénomènes d’imitation entre collégiens et des effets de groupe.

Un autre mécanisme accentue les inégalités: les enseignants s’adaptent - même inconsciemment - à leur public. Face à une classe de faible niveau, ils ont moins tendance à croire au progrès des élèves, d'autant plus qu'ils doivent aussi faire face aux problèmes de discipline.

A lire: l'avis des associations de parents d'élèves et des syndicats d'enseignants

Que faudrait-il changer?

Il faut réintroduire de la mixité sociale et scolaire et se donner les moyens de mener une nouvelle politique pédagogique. L’école peut difficilement être égalitaire dans une société qui ne l’est pas. Il faut donc donner plus de moyens financiers aux établissements défavorisés, pour garantir plus d’accompagnement scolaire.

Peut-on s’inspirer de certains modèles étrangers?

Le modèle de l’école fondamentale, en Finlande par exemple, permet plus de cohérence et de fluidité dans le parcours scolaire des élèves. Il y a davantage de cohérence dans l'encadrement et dans les programmes, avec un tronc commun. Les élèves peuvent avoir le même enseignant pendant plusieurs années d’affilée. Ce système est intéressant car il garantit plus de continuité et permet de déceler plus tôt les difficultés des élèves et de mieux les orienter.